ANALYSES

Une diplomatie française en mutation ?

Interview
5 septembre 2013
Le point de vue de Pascal Boniface
Ne sommes-nous pas dans une situation inédite des relations franco-américaines ?
Nous ne sommes pas tout à fait dans une situation inédite des relations franco-américaines car il y a eu dans le passé des crises internationales très vives dans lesquelles Français et Américains étaient réellement main dans la main, que ce soit pendant la guerre froide, à propos du mur de Berlin, de la crise de Cuba ou de la crise des euromissiles, dans laquelle l’appui de François Mitterrand aux Etats-Unis a été déterminant.
Ce qui est ici inédit ce n’est pas tant les relations franco-américaines que les relations américano-britanniques. Ce qui change, c’est l’absence de ces derniers, censés être l’allié le plus fidèle, ayant une relation spéciale avec les Etats-Unis. C’est la première fois qu’il y a cette action entre Français et Américains, mais c’est plus du fait de cette absence britannique que du fait des Américains et des Français qui ne l’ont pas choisie.

Discours belliqueux, éventuelle intervention sans mandat de l’ONU… La politique étrangère de la France est-elle en train de changer ?
Le discours n’est pas belliqueux, il est ferme. Les choses sont dites avec netteté. Il y a eu un précédent d’une intervention sans mandat de l’ONU, lors de la guerre du Kosovo en 1999. On a tous en mémoire l’opposition formelle de la France à la guerre d’Irak, mais il y avait là une réelle absence de preuves ; la France a eu raison de penser que dans les circonstances de l’époque, cette guerre était une erreur. C’est pourquoi on ne peut pas comparer 2003 et la situation d’aujourd’hui. Mais on ne peut pas non plus la comparer avec le Kosovo car lors de cette guerre, l’ensemble des pays de l’OTAN, les 18 membres de l’époque, étaient unis et ont participé ensemble du premier au dernier jour à la guerre, alors qu’ici les pays sont moins nombreux à vouloir faire une intervention militaire.
Y a-t-il un changement fondamental de la politique étrangère française ? Je ne le crois pas, mais il y a une appréciation très particulière du cas syrien. Cela fait que la France envisage effectivement, malgré sa politique traditionnelle et sa conception du Conseil de Sécurité dont elle est membre permanent et n’a pas d’intérêt à son affaiblissement, de faire une intervention militaire limitée sans mandat de l’ONU.
On peut dire que François Hollande est confronté à un dilemme dans lequel il y a deux inconvénients : laisser l’usage d’armes chimiques impuni ou bousculer les règles du Conseil de sécurité. Il a pensé que le second inconvénient était moins grand que le premier.

Le déroulement des évènements quant à une éventuelle intervention en Syrie n’est-il pas en train de nuire à l’image de la France à l’international ? Et à l’image du Président français et de son gouvernement sur la scène intérieure ?
On peut dire qu’une intervention militaire sans mandat de l’ONU, avec les Etats-Unis, peut dans les pays émergents apparaître comme une politique occidentale, une politique de force qui n’est pas très populaire dans le Sud. D’un autre côté, François Hollande espère que la fermeté, les capacités de leadership, d’action etc., seront portées à son crédit. La vérité, c’est que le monde, comme l’est la France, est extrêmement partagé vis-à-vis de ce conflit et qu’il n’y a aucune position qui recueille l’unanimité, il n’y a que des positions qui recueillent soutien et critiques.
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