ANALYSES

Que faut-il retenir du discours d’Obama à Berlin ?

Interview
20 juin 2013
Le point de vue de Pascal Boniface
50 ans après le discours du Président Kennedy à Berlin-Ouest en pleine Guerre froide, quelle est la portée symbolique de la visite et du discours d’Obama devant la Porte de Brandebourg ?
Le discours d’Obama est uniquement symbolique. Le discours de Kennedy était un discours historique dans la mesure où il s’inscrivait en pleine Guerre froide au moment où les tensions internationales, les tensions Est/Ouest, et les tensions Etats-Unis/Union Soviétique étaient au plus vif. Le discours de Kennedy réaffirmait la protection de Berlin-Ouest par les Etats Unis, c’était donc un geste de solidarité extrêmement fort de la part des Américains, qui montrait qu’il n’y avait pas de découplage entre la sécurité américaine et la sécurité de l’Allemagne et de l’Europe occidentale. La visite d’Obama 50 ans après est juste un rapprochement de dates mais son discours fut relativement banal. Si la similitude de date avec le discours de Kennedy lui a donné une sorte d’ampleur, le discours n’avait guère d’envergure.

Cinq ans après sa dernière visite, les Allemands se disent « déçus » du Président Obama, lui reprochant notamment le maintien de la prison de Guantanamo. Quelle est la nature des liens qui unissent aujourd’hui les Etats-Unis à l’Allemagne, et plus largement comment définir la relation qu’entretient les Etats-Unis avec les Européens ?
Il est certain que lorsque Barack Obama était venu il y a 5 ans, il était encore candidat à la présidentielle, et on se trouvait au plus fort de « l’Obamania ». Il représentait alors la promesse d’Etats-Unis nouveaux et surtout la fermeture de la parenthèse Bush qui avait suscité - y compris en Allemagne, pays pourtant très proche des Etats-Unis - des sentiments de méfiance et d’hostilité à l’égard de la politique américaine. Obama redonnait alors beaucoup d’espoir.
Cinq ans plus tard, il est clair qu’il a déçu : il ne se passe plus grand chose au Proche-Orient, Guantanamo n’est toujours pas fermé. Le prix Nobel qu’il a reçu semble lui avoir été attribué par anticipation puisqu’il multiplie les attaques de drones, même s’il est vrai qu’il opère un retrait progressif d’Afghanistan et d’Irak. Retrait que Bush aurait de toute façon lui-même réalisé.
Les Allemands, qui ont beaucoup espéré sont effectivement déçus, et la nature des relations entre l’Allemagne et les Etats Unis n’a plus le même sens que durant la Guerre froide ni même que durant la période récente. Pour Obama, les problèmes sont plutôt en Asie et au Proche-Orient. L’Europe en tant que telle ne pose pas de problème, les relations sont bonnes, à la différence d’autres régions du monde où les liens sont plus compliqués. L’Europe n’est ni un problème ni une solution aux questions que se posent les Etats-Unis. Il y a au-delà de tout ça une solidarité qui reste, bien sûr. On constate toutefois un relâchement des relations : l’Europe n’est plus la priorité pour le Président Obama.

Le projet d’Obama de « désarmement nucléaire massif » tourne t-il définitivement la page de la Guerre froide ?
Non, certainement pas. Obama a seulement préconisé une réduction de l’arsenal nucléaire alors qu’il avait déjà, dans un discours précédent à Prague, évoqué la perspective d’un désarmement nucléaire, général et complet. Ce discours n’est donc ni nouveau ni même radical. Il avait promis plus et mieux il y a quelques années, et pourtant rien n’a changé. Il est en effet contradictoire de prévoir d’une part, un programme de missiles défensifs et d’autre part, de souhaiter la fin de la course aux armements par la réduction des armes nucléaires. Il faudrait que Barack Obama change la nature de ses relations avec la Russie, ce qu’il n’a pas réussi, mais aussi avec la Chine et également son approche avec les pays proliférants. Ainsi une perspective d’un désarmement nucléaire pourrait alors véritablement s’opérer. Les raisons pour lesquelles Obama déçoit sont bien celles-ci : il fait des grandes promesses, alors que l’on sait qu’elles seront difficilement réalisables.
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