ANALYSES

Visite de François Hollande au Maroc : quels enjeux ?

Interview
4 avril 2013
Le point de vue de Khadija Mohsen-Finan
François Hollande a entamé hier une visite d’Etat au Maroc. Comment décririez-vous les relations entre Paris et Rabat ?
Les relations entre Paris et Rabat sont au beau fixe et il ne s’agit pas de les améliorer, mais de les consolider. Au niveau commercial, la France est le premier partenaire du Royaume du Maroc et entend le rester au moment où elle est concurrencée sur ce terrain par l’Espagne qui est devenue l’année dernière le premier fournisseur du Maroc, notamment grâce à ses produits pétroliers raffinés. Sur le plan économique, la France et le Maroc ont toujours eu de bonnes relations et il s’agit aujourd’hui pour la France, gouvernée par les socialistes, de sortir d’une forme de paternalisme et de relation privilégiée pour aller vers des relations qui restent intenses mais qui sont davantage « normalisées », pour reprendre une expression chère à François Hollande. Cette relation intense est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que la France entend s’appuyer sur les pays du Maghreb pour mener ses actions militaires au Mali et, plus largement encore, au Sahel. Elle a effectivement besoin du partenaire algérien mais également du partenaire marocain, pour le survol de son territoire et pour plusieurs autres actions (maîtrise du terrorisme qui pourrait venir du Sahel ou du Maghreb, contrôle de l’immigration, etc.). La France a donc besoin d’avoir de bonnes relations avec le Maroc, ce qui n’est pas difficile puisque les deux pays entretiennent de bons rapports depuis de très longues années.

Outre « conforter les bonnes relations entre les deux pays », quels sont les principaux enjeux de cette visite ?
En réalité, les enjeux de cette visite ne sont pas très importants parce que l’axe économique est effectivement dominant. Tous les dossiers ont déjà été vus par Jean-Marc Ayrault lors de son voyage au Maroc en décembre 2012, même les contrats qui ont été signés (ou qui vont l’être) sont des contrats d’accompagnement. Mais il reste effectivement un axe politique et il est possible que la France entende jouer un rôle dans le rapprochement entre l’Algérie et le Maroc, ce qui marquerait un premier pas vers la construction d’un Maghreb et aussi un progrès très significatif dans la pacification de la région, avec éventuellement la fin du conflit du Sahara. Je ne sais pas si c’est le cas mais la France a un potentiel à ce niveau-là.

Alors que le Maroc est confronté à une colère sociale grandissante, quel est le bilan des réformes menées par le régime depuis 2011, à la suite du « Printemps arabe » ?
La réforme a été principalement d’ordre constitutionnel. Or, traditionnellement, quand on modifie la Constitution dans le cadre d’une monarchie, il s’agit d’aller vers un plus grand équilibre des pouvoirs entre le palais et le gouvernement. Aujourd’hui, on se rend compte que le pouvoir reste concentré entre les mains du Roi (Mohammed VI) et de ses conseillers et que le gouvernement, qui est responsable devant le Parlement, a une marge de manœuvre très faible. Malgré cela, on peut dire qu’il y a eu un changement, même si celui-ci n’est pas assez significatif, dans le sens où des modifications importantes figurent effectivement dans le texte constitutionnel ; elles ne sont peut-être pas suivies d’effet mais un jour, la rue pourrait effectivement amener l’exécutif à appliquer ces articles de la Constitution. C’est un premier pas vers un début d’écoute de la société civile qui s’est organisée et qui a investi la rue, en se comportant un peu comme dans deux autres pays du Maghreb (Tunisie et Libye). Pour autant, est-ce suffisant ? Il faut attendre quelques temps et je pense que ce sont les conditions socio-économiques qui pourront répondre aux attentes de ces manifestants, tout comme la moralisation de la vie publique puisque les slogans du Mouvement du 20 février ont beaucoup porté sur la fin de la corruption et du népotisme, une plus grande transparence et une meilleure gouvernance.
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