ANALYSES

Coup d’Etat en Centrafrique : quels enjeux ?

Interview
25 mars 2013
Le point de vue de Philippe Hugon
Pouvait-on s’attendre à ce coup d’Etat en Centrafrique ?

Il s’agit d’un coup d’Etat prévisible puisque le mouvement du Séléka était descendu jusqu’aux portes de Bangui en décembre dernier. Suite à cet évènement, la France avait refusé de répondre à la demande de soutien de François Bozizé, le chef d’Etat centrafricain. Par ailleurs, celui-ci avait aussi été abandonné par ses deux autres pays alliés, les Etats-Unis et le Tchad. Seule l’Afrique du Sud lui avait maintenu son soutien. Egalement, la conférence de Libreville en janvier avait abouti à un compromis avec les membres du Séléka, notamment la nomination de Michel Djotodia - qui vient de s’auto-proclamer président de la RCA – au poste de ministre de la Défense. Ces différentes raisons ainsi que l’usure du pouvoir et les accusations d’autoritarisme à l’encontre de François Bozizé étaient des signes avant-coureurs de la fin du régime, d’autant que la puissance militaire du Séléka contrastait avec la décomposition de l’armée de Centrafrique.

Quels sont les enjeux autour de cette prise de pouvoir ?

Il y a plusieurs enjeux. Tout d’abord, il y a un enjeu politique étant donné que le nouveau président, Michel Djotodia, a obtenu le pouvoir par les armes. Il y a aussi des enjeux régionaux, notamment avec le Tchad qui ne soutenait plus le gouvernement de Bozizé. A travers la crise malienne et la situation actuelle, on a pu voir que le Tchad souhaite peser davantage dans la région. Enfin, il y a des enjeux miniers. Il faut savoir que bien qu’il s’agisse d’un des pays les plus pauvres du monde, la Centrafrique possède des richesses minières très importantes telles que l’or, le diamant, l’uranium et le fer. Il est également possible qu’il y ait des enjeux de modification de partenaires dans ce secteur qui pourraient représenter un nouvel enjeu. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

Michel Djotodia vient de prendre le pouvoir par la force tout comme François Bozizé il y a 10 ans. La Centrafrique est-elle condamnée à l’instabilité ? Comment le pays est-il traité par la communauté internationale ?

Alors que Bozizé avait aussi pris le pouvoir par un coup de force, il est resté en poste pendant dix ans. Il n’y a pas, de ce point de vue-là, une totale instabilité politique en Centrafrique. Ce pays ne représente pas non plus un enjeu stratégique mondial. Toutefois, ses partenaires ne souhaitent pas que la Centrafrique soit déstabilisée. Le Séléka, ayant pris le pouvoir par les armes, ne dispose pas de légitimité populaire. Les pays voisins comptent ainsi sur les élections législatives qui sont prévues d’ici un an et les présidentielles annoncées d’ici trois ans, pour que le nouveau gouvernement acquiert une légitimité suffisante.
Aujourd’hui, les forces africaines et françaises sont présentes pour éviter les pillages et assurer le maintien de l’ordre. De plus, il semble que le président auto-proclamé cherche une forme de continuité avec l’ancien gouvernement puisqu’il a annoncé que M. Tiangaye resterait Premier ministre. La Centrafrique ne semble ainsi pas être dans une situation trop chaotique, du moins pour le moment.
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