ANALYSES

Obama en Israël : quels enjeux ?

Interview
20 mars 2013
Le point de vue de Didier Billion
Pourquoi Obama a-t-il attendu aussi longtemps pour se rendre en Israël ? Que signifie cette rencontre pour la population israélienne ?

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, sur onze présidents des Etats-Unis, seuls quatre se sont rendus en Israël pendant leur mandat présidentiel, dont seulement deux lors de leur premier mandat. La visite d’Obama au début de son second mandat n’a de ce point vue là rien d’exceptionnel contrairement à ce qu’on lit fréquemment ces derniers jours. En revanche, lors de son premier mandat, Obama avait fait beaucoup de promesses, notamment en ce qui concerne la question de la création d’un Etat palestinien qu’il appelait de ses vœux. Nous avions constaté que, lors de ses premiers voyages officiels à Ankara ou au Caire, où il réaffirmait son soutien à la perspective d’un Etat palestinien - ce qui avait pour but de tenter de redorer le blason des Etats-Unis dans la région -, il avait fait émerger quelques espoirs au sein du Moyen-Orient et de la population palestinienne. Mais rien ne s’est réalisé. Toutes ces promesses n’ont pas été suivies de faits tangibles. Le président Obama a totalement capitulé devant les exigences du gouvernement israélien, et ce voyage officiel de deuxième mandat semble donner l’impression d’une volonté d’un rééquilibrage de sa politique à l’égard de l’Etat hébreu. Le paradoxe de cette situation est qu’il n’y va pas pour faire des propositions d’un nouveau plan de paix, mais il y va « pour écouter ». Or, on sait que si le président de la première puissance mondiale ne s’engage pas dans la résolution ou la tentative de résolution du dossier israélo-palestinien, rien ne se passera. Cette situation est pour le moins paradoxale, décevante, voire critiquable et condamnable.
Obama a compris, par ailleurs, qu’il avait un déficit d’image. Au vu de ses précédentes positions, une partie de l’opinion publique israélienne a en effet une vision très méfiante du président américain. Ce voyage va tenter d’inverser la tendance. Il est cependant étonnant que les conseillers en communication aient évité un passage par la Knesset, préférant un discours devant 600 étudiants au Palais des congrès. Or, le parlement est le lieu où le pays et l’opinion publique sont le mieux incarnés. Si cela peut être considéré comme une erreur de communication, la visite de lieux tels la tombe de Théodore Herzl le fondateur et le théoricien du sionisme, ou encore le musée d’Israël sont symboliquement importants, inscrivant Israël dans sa longue histoire et non, comme au début de son premier mandat, où il avait justifié l’existence de l’Etat hébreu par rapport à l’Holocauste. La question est de savoir si cela sera suffisant pour redéfinir son image au sein de la population israélienne.

Où en est le processus de paix entre Israël et Palestine ?

Le processus de paix entre Israël et Palestine est au point mort. Depuis l’été 2010, il n’y a ni processus de paix, ni rencontres de haut niveau entre des négociateurs palestiniens et israéliens. Ce dossier qui est toujours central dans les évolutions politiques du Moyen-Orient a été délaissé à cause des capitulations successives d’Obama, d’une forme d’autisme politique des dirigeants israéliens qui s’opposent à toute solution, tout en continuant de développer une politique systématique de colonisation, et le fait que le dossier syrien ait pris le dessus en terme médiatique. Ces raisons expliquent pourquoi le dossier israélo-palestinien ne fait donc plus la Une de l’actualité.

Le dossier iranien semble être le point central de la rencontre Obama/Netanyahou en termes de politique étrangère ? Que faut-il en attendre ?

En effet, au-delà du dossier israélo-palestinien, c’est en réalité la question de l’Iran qui se profile derrière ce voyage. Nous savons bien que les dirigeants israéliens veulent en découdre avec la République Islamique d’Iran et que Netanyahou, lors de la dernière Assemblée générale de l’ONU, avait menacé d’une intervention militaire contre l’Iran avant l’été 2013 en expliquant que les Iraniens étaient sur le point de se doter de l’arme nucléaire. Obama a une toute autre position ; bien qu’il soit ferme vis-à-vis des Iraniens, il veut laisser le temps à la diplomatie et aux sanctions économiques de faire leurs œuvres, déclarant même à la télévision israélienne, il y a une semaine, qu’il y avait un laps de temps d’au moins une année avant que l’Iran ne développe son arme nucléaire. Il y a donc une divergence fondamentale entre les deux dirigeants.
En réalité, Obama se rend en Israël pour convaincre les dirigeants israéliens de ne pas intervenir militairement contre l’Iran. En contrepartie, Obama va laisser le processus de colonisation des territoires palestiniens se poursuivre. Il y a une sorte de deal qui se profile sur le dos des Palestiniens et qui ne contribuera pas à résoudre le dossier.

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