ANALYSES

L’avenir politique du Venezuela après la disparition d’Hugo Chavez : continuité ou rupture ?

Interview
6 mars 2013
Le point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky
Hugo Chavez était à la tête du Venezuela depuis quatorze ans. Quel bilan peut-on tirer de ses années au pouvoir ?

Il faut rappeler que c’est Hugo Chavez qui a lancé le mouvement des alternances politiques avec des régimes qui ont été qualifiés d’ « alternance de gauche » ou d’ « alternance latino-américaine » en Amérique latine, et surtout, en Amérique du Sud. À la suite d’Hugo Chavez, il y eut à la fin de l’année 1998 d’autres élections qui ont amené Lula au Brésil, Rafael Correa en Equateur ou encore Nestor Kirchner en Argentine. Hugo Chavez a été le premier et son apparition sur la scène politique vénézuélienne et latino-américaine est assez symbolique de ce point de vue-là.
Le second point fort, qui est souvent minimisé par les observateurs étrangers et qui explique pourtant le pourquoi de ses victoires électorales successives, est qu’Hugo Chavez a réduit la pauvreté dans son pays en lançant des programmes ambitieux de protection sociale, de construction de logements, de réduction de l’analphabétisme, etc. Ces programmes sont connus sous le nom de « missions » et ont bénéficié d’une adhésion très forte de la population au point même que le candidat de l’opposition aux dernières élections présidentielles au mois d’octobre a signalé qu’il n’y toucherait pas s’il était élu.
Le troisième point est son action en faveur d’une forme d’intégration en Amérique latine et en Amérique du Sud qui vise à rendre la région autonome, tournée vers elle-même et non plus vers les Etats-Unis et les pays européens. Ce projet est connu sous le nom d’ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques) et s’est concrétisé par la création de sociétés communes en matière pétrolière (Petrocaribe et Petrosur), médiatique (TeleSUR) et financière (Banco del Sur).
Tels sont les points forts de l’héritage de Chavez. Il y en aurait un quatrième, plutôt anecdotique mais c’est un point qui est souvent mis en avant par la presse internationale : son côté bateleur. Il a retenu l’attention des télévisions européennes et nord-américaines en raison de ses foucades, comme celle qu’il avait faite aux Nations Unies lorsqu’il était intervenu après le président des Etats-Unis George W. Bush : il avait regardé l’assistance en reniflant et avait déclaré « ça sent le soufre, le diable a parlé avant moi ! ». C’est une anecdote parmi d’autres mais c’est souvent ce type de déclarations à l’emporte-pièce qui explique l’attention des médias occidentaux à son égard.
Le leader vénézuélien avait une influence réelle en Amérique latine, notamment en étant à l’origine de l’ALBA mais aussi du fait de son image de « non-aligné ». Quel sera l’impact du décès d’Hugo Chavez au niveau régional ?

Tout dépend de ce qui va se passer durant les élections qui vont être organisées dans un mois. Si c’est un successeur de la même famille politique d’Hugo Chavez qui prend le relais à la présidence du Venezuela, peu de choses vont changer. Tout le système dit « de diplomatie latino-américaine », inventé par le Venezuela, va continuer à fonctionner et à être financé par l’Etat vénézuélien. Le système de politique sociale va être préservé à l’intérieur du pays. Il y a donc peu de changements à envisager.
En revanche, si le candidat de l’opposition est élu, on assistera à une rupture avec ce type de gouvernement puisque les candidats d’opposition se considèrent plus proches du monde occidental et des Etats-Unis que de leurs voisins latino-américains qui ont suivi l’orientation voulue par le Président Chavez au Venezuela.
Selon la Constitution vénézuélienne, de nouvelles élections devraient se tenir dans les trente prochains jours. Connaît-on déjà les données principales de ce scrutin (candidats, tendances électorales) ?

Pour l’instant, on en est toujours au stade des hypothèses, d’autant plus qu’une semaine de deuil a été décrétée durant laquelle l’activité politique est suspendue. Tout ce qu’on peut dire à ce jour, c’est qu’il y aura un candidat de la mouvance chaviste et un candidat de l’opposition. Pour la mouvance chaviste, il est probable que ce sera le vice-président actuel, Nicolas Maduro, mais rien n’est encore officiel. En ce qui concerne l’opposition, il est vraisemblable que ce sera Henrique Capriles mais là aussi, rien n’est encore sûr. D’autant plus qu’il doit reconquérir l’espace politique et l’électorat qui étaient les siens au mois d’octobre dernier. Le fait d’avoir perdu l’élection à réveiller des tendances centrifuges au sein de la plate-forme d’opposition : la façon dont il avait mené sa campagne présidentielle a fait l’objet de critiques et son leadership au sein de l’opposition a été contesté. Il est probable qu’actuellement Henrique Capriles soit en cours de dialogue avec tous les éléments composites de l’opposition en vue de reconquérir la légitimité qui était la sienne.
D’ici une semaine, les choses devraient aller très vite. A la fin de la période de deuil, nous devrions savoir qui s’opposera à qui.
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