ANALYSES

Referendum au Royaume-Uni : à quoi joue David Cameron ?

Interview
25 janvier 2013
Réponse de Fabio Liberti, directeur de recherche à l’IRIS
Pourquoi David Cameron souhaite-t-il organiser un referendum d’ici 2017 sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne ? Est-ce un calcul ou une promesse politique? Le referendum a-t-il une chance de passer ?

Les raisons sont essentiellement tactiques. Si on regarde les sondages, le parti de David Cameron est malmené : le Labour est largement en tête et le parti conservateur fait à peine plus, en termes d’intentions de votes que le UK Independence Party, le parti d’extrême-droite anglais - qui était encore marginal il y a quelques années. Ce parti flirte aujourd’hui avec les 15 à 20% de votes. David Cameron se retrouve ainsi avec un « bassin électoral asséché » à sa droite. Dans l’optique d’une réélection en 2015, il sait également que le mécontentement à son égard grandit en raison des mesures d’assainissement des finances publiques parmi les plus radicales en Europe, en raison d’un déficit budgétaire très élevé. Des coupes drastiques dans les dépenses ont été opérées. David Cameron a tout intérêt à déplacer le débat sur les thématiques européennes où il pourra essayer de récupérer des votes étant donné que globalement l’opinion publique britannique est plutôt eurosceptique. Il faut cependant faire attention : ce referendum est largement virtuel car conditionné à un nouvel accord global entre l’UE et le Royaume Uni et, bien sûr, à une large victoire électorale des Tories en 2015.

Il y a quelques temps Jacques Delors avait suggéré au Royaume-Uni de quitter l’Union européenne. Est-ce un sentiment partagé parmi les dirigeants politiques européens ?
Il y a une fatigue vis-à-vis du Royaume-Uni qui donne l’impression de jouer la surenchère. Historiquement, le pays a toujours pu compter sur l’appui d’un certain nombre d’Etat, comme les pays scandinaves, les Pays Bas et en partie les pays d’Europe centrale et orientale, sur certains thèmes. On pense bien sûr à la relation transatlantique, à la réduction du budget européen, à l’économie de marché, à la concurrence libre et non faussée, etc. Dans le cas du dernier Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, David Cameron avait déjà menacé de son droit de véto et s’était retrouvé totalement isolé (avec seulement la République Tchèque comme alliée). Le traité avait vu le jour en dehors des structures européennes à 27.
Par ailleurs, la crise de la dette a montré que l’on ne pouvait pas avoir une monnaie commune sans union politique. Il est évident que l’on va vers une intégration plus poussée de la zone euro et peut être même plus globalement de l’UE. Or, les Britanniques sont historiquement allergiques à cette perspective.

Peut-on refuser de « vouloir faire une Europe à la carte » comme le suggère Laurent Fabius ? Quel genre de partenariat pourrait-on établir avec le Royaume-Uni dans le cas où celui-ci décidait effectivement de sortir de l’Union européenne ?

L’Europe à la carte existe déjà ! Tous les pays ne participent pas à l’espace Schengen, par exemple, ou ne font pas partie de la zone euro. Cependant, le Royaume-Uni est dans une situation un peu particulière aujourd’hui. Le choix du referendum n’est pas le fruit d’une négociation multilatérale au terme duquel chacun fait des compromis. Le Royaume-Uni fait du « cherry picking » : il cherche à prendre uniquement ce qui l’intéresse. L’Union européenne ne pourrait pas fonctionner si tout le monde agissait de la sorte.
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