ANALYSES

Nouveau coup de filet dans le football italien : la menace des paris truqués s’étend-t-elle en Europe ?

Interview
29 mai 2012
Le point de vue de Pim Verschuuren
Une nouvelle vague d’arrestations liée au scandale de trucage de rencontres a touché le football italien hier dans la matinée. Parmi les personnes visées ou entendues, le capitaine de la Lazio de Rome Stefano Mauri, ainsi que Domenico Criscito, l’international italien qui ne pourra donc pas participer à l’Euro de football qui commence la semaine prochaine.
Ces descentes policières sont une autre traduction de la grande enquête judiciaire menée par le parquet de Cremone depuis le fameux match entre Cremonese et Paganese en troisième division italienne fin 2010. Suite au match, un joueur s’était endormi au volant de sa voiture et plusieurs joueurs s’étaient plaints de somnolence. Après quelques écoutes téléphoniques, les attentions se sont recentrées autour du gardien de l’équipe puis d’un membre du staff médical qui aurait des liens avec la mafia locale et qui aurait drogué les joueurs pour qu’ils perdent la rencontre. Depuis, l’enquête a pris de l’ampleur. Les parquets de Bari et de Naples ont également été saisis et enquêtent sur les liens entre le milieu du football, les réseaux criminels italiens et des organisations criminelles internationales. Le vaste système de trucage généralisé des matchs de foot met en œuvre des grands argentiers basés en Asie de l’Est, divers réseaux mafieux en Europe et plusieurs joueurs de football ou membres du milieu sportif qui sont proches du terrain et peuvent arranger les matchs.

Ce scandale dit du « Calcioscommesse » n’en est pas à son dernier chapitre, car on sait que ce réseau asiatico-mafieux qui commandite les trucages en Italie a des ramifications dans le monde entier et que d’autres instructions judiciaires, comme à Bochum, en Hongrie ou en Finlande, l’ont également mentionné, sans pouvoir l’atteindre. De son côté, la FIFA mène la lutte contre le trucage de rencontres internationales, phénomène autrement plus inquiétant mais qui profite aux mêmes argentiers.

Du côté français, la législation contraignante vis-à-vis des paris sportifs permet de protéger le marché des paris hexagonal, mais n’empêche pas les sites illégaux (non-licenciés en France), de proposer des formules de paris très attractives sur de nombreuses compétitions françaises, même de niveau amateur, ou junior. La menace est donc réelle, même si la criminalité organisée n’est pas aussi implantée en France qu’elle ne l’est en Italie par exemple. Toutefois, certaines alertes ont été lancées par des opérateurs sur des rencontres de football et de handball, où des mises dites « irrationnelles » ont été enregistrées. Les enquêtes préliminaires n’ont certes pas abouti pour l’instant, car il est extrêmement difficile de prouver un trucage lors d’une rencontre sportive et les moyens policiers sont limités. Le sport français n’est donc pas immunisé, et au regard de la longue liste des pays et des disciplines affectés par les scandales de corruption sportive ces deux dernières années, mieux vaut ne pas crier victoire trop vite.
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