ANALYSES

Le travail des observateurs de l’ONU peut-il avoir un réel impact sur la politique de Bashar al-Assad ?

Interview
17 avril 2012
Le point de vue de Didier Billion
Le travail des observateurs de l’ONU ne peut pas être analysé indépendamment de la pression que peut réellement exercer l’ONU sur le régime syrien. Les deux sont évidemment indissolublement liés.
Il semble que depuis la proclamation du cessez-le-feu, la violence décroît. On ne peut cependant pas parler d’un arrêt total de celle-ci, puisqu’il apparaît par exemple que certains quartiers d’Homs continuent à être l’objet de violences.
C’est, malgré ces limites, un des aspects positifs de la mission de médiation menée par Kofi Annan depuis maintenant plusieurs semaines. Le processus est long et laborieux mais on commence à observer un début de résultat. Il est toutefois beaucoup trop tôt pour avoir une vision optimiste de la situation, les évolutions positives sont évidemment sur le fil du rasoir et, tant du côté du régime que du côté des insurgés, le moindre faux pas peut ranimer la violence d’une façon généralisée sur tout le territoire syrien.
C’est dans ce contexte que la mission des observateurs se déploie. Ces derniers ont une mission extrêmement délicate. Ces observateurs pourront-ils se déplacer librement, ou, comme lors du premier déploiement des observateurs de la Ligue des Etats arabes, seront-ils cornaqués systématiquement par des hommes du pouvoir ? Si c’était le cas, leur mission ne servirait pas à grand-chose. C’est là tout l’enjeu.
La question qui se pose dans les jours à venir est de savoir si ces observateurs auront oui ou non une liberté de mouvement et d’observation ? Il s’agit là du fondement de leur mission. Si oui, alors on peut considérer qu’ils auront une véritable utilité. N’ayons pas l’illusion que les observateurs puissent en tant que tels avoir un poids réel sur les décisions du régime syrien, mais ils peuvent être l’expression d’un rôle nouveau de l’ONU dans cette crise. Chacun comprend que ce sont en réalité les évolutions de la Chine et surtout de la Russie qui ont permis le vote de la résolution de samedi dernier. Le régime syrien est donc aujourd’hui obligé de tenir compte des pressions qu’y compris ses amis exercent sur lui.
Pour répondre à la question précisément, on ne peut donc pas avoir un point de vue sur les observateurs de l’ONU en tant que tels qui, indépendamment de leurs qualités, ne pourront pas véritablement influencer le régime. C’est uniquement en fonction des évolutions des tractations diplomatiques qui existent, même si elles ne sont pas publiques, que l’on peut dire qu’il y a une évolution de la situation. Celle-ci est extrêmement fragile mais nous sommes dans une nouvelle conjoncture. De nouveaux paramètres dans l’équation politique syrienne vont plutôt dans le bon sens puisqu’il y a une décroissance de la violence. Ces points positifs sont à mettre à l’actif de Kofi Annan, mais on ne peut en dire plus à ce jour.
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