ANALYSES

Quelles peuvent être les conséquences pour la France à la perte de son triple AAA ?

Interview
13 janvier 2012
Réponse de Fabio Liberti, directeur de recherche à l’IRIS
La première conséquence immédiate va être l’augmentation du taux d’intérêt que les marchés financiers vont demander à la France pour financer sa dette. Concrètement aujourd’hui l’Allemagne, qui conserve son triple A et qui est considérée comme « le pays de référence » en Europe, peut refinancer sa dette de moyen-long terme à 2%, et même refinancer sa dette à très court terme avec des taux négatifs (ce qui signifie que les épargnants acceptent de « payer » pour lui prêter de l’argent…). Elle va donc diverger encore un peu plus de la France. Le fait de payer des taux d’intérêts un peu plus élevés, aura un impact direct sur les comptes publics, et donc sur les déficits et sur la dette.

Plus généralement, cette décision de Standard & Poor’s m’inspire deux commentaires : l’un technique, et l’autre politique.
Du point de vue technique, la dégradation de la note française était assez attendue et je dirai presque normale. La situation des finances publiques françaises s’est très lourdement dégradée depuis 2007. Dans cette même lignée, l’on qualifie de succès le fait qu’en 2011 le déficit n’atteigne finalement « que » 5,5% au lieu des 5,7% prévus, tout en omettant de dire qu’en Italie par exemple il n’est que de 3,4%. Il s’agit donc bien là d’une contre-performance économique, qui a cours en France depuis des années, et qui n’a cessé de creuser un fossé entre les performances française et allemande.
En revanche, au niveau politique, je n’irais pas jusqu’à dire que le timing de la décision de Standard & Poor’s est suspect, mais depuis quelques jours nous assistions à une accalmie sur les marchés. L’offre de liquidités illimitées à trois ans dont ont largement bénéficié les établissement bancaires européens (qui se sont servi à hauteur de presque 500 milliards d’euros à un taux de 1%) devrait dans le court-moyen terme fluidifier les marchés du crédit, mais également aider les Etats européens en difficulté ; sachant que les statuts de la BCE lui interdisent de prêter directement aux États, la BCE a ouvert le robinet en direction des banques, et depuis nous assistons à un écroulement des taux à court terme (inférieurs aux trois ans) en Italie et en Espagne. Comme si les banques, qui prennent de l’argent à 1% auprès de la BCE, l’investissaient en partie dans des titres italiens ou espagnols à 3-6%. La stratégie de la BCE semblait donc payante, même si les ménages et les entreprises n’en voient pas encore les effets, et que les dépôts de banques auprès de la même BCE (dépôts overnight) battent des records, signe d’une méfiance persistante sur le marché interbancaire. Pour la première fois cependant, un rayon de soleil semblait se dessiner au cœur de la tempête, et là, Standard & Poor’s jette de l’huile sur le feu en baissant la note française. Les prochains jours nous diront si ceci risque de nous faire replonger dans des marasmes lourds d’incertitudes et de difficultés.
La thèse d’un complot venant des agences de notation va sans nul doute ressurgir. Techniquement, certes, cette décision est absolument justifiée. Mais il me semble que les agences de notation ont bien pris en ligne de mire l’euro.
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