ANALYSES

Négociations climatiques: 3 pistes pour avancer après l’échec de la conférence de Varsovie

Tribune
7 décembre 2013
Tergiversations et maigres avancées

Le premier était censé poursuivre l’édification des fondations d’un accord international juridiquement contraignant qui constitue l’objectif de la conférence de 2015 (COP21) qui se tiendra en France au Bourget. Cependant, la volonté des pays développés (pays Annexe I, contraints à des réductions d’émissions de gaz à effet de serre – GES – par le protocole de Kyoto reconduit l’année dernière) de voir l’ensemble des 195 pays parties à la convention s’engager à fournir, dans des délais raisonnables, des objectifs chiffrés de réduction d’émissions n’a pas abouti.

A été retenu le principe de 'contributions' plutôt que d’'engagements', le texte précisant que ces objectifs seraient à fournir à la CCNUCC au premier semestre 2015, pour les pays en mesure de le faire. A cet échec pour les Etats de l’annexe I fait écho celui des pays en développement, dans le cadre du deuxième texte, qui leur demandaient de donner davantage de garanties en termes de dotation et de transparence sur le financement des mesures d’adaptation et notamment du Fonds vert pour le climat, prévu à Copenhague et censé rassembler 100 milliards de dollars à partir de 2020.

Devant les tergiversations des pays développés, qui n’ont fourni pour l’instant qu’environ 30% du montant, les pays en développement souhaitaient les voir s’engager à verser au moins 70 milliards d’ici 2016, ce qu’ils n’ont pas obtenu non plus.

Les discussions sur un troisième texte relatif au mécanisme 'pertes et dommages', censé coordonner l’ensemble des dispositifs d’interventions dans les situations d’urgence, rassembler les connaissances sur les moyens d’y faire face et conseiller les Etats les plus vulnérables, ne se sont pas montrées plus constructives.

Trois enseignements à en tirer

Les enseignements à en tirer sont nombreux. D’une part, la COP19 a de nouveau confirmé, si cela était encore nécessaire, que l’actualité ne pèse en rien sur le déroulement des négociations. Le cinquième rapport du GIEC et le passage du cyclone Haiyan aux Philippines et au Vietnam n’ont pas ému les délégations.

Ensuite, le départ des ONG le jeudi 21 décembre, la veille du terme officiel de la conférence en signe de protestation révèle, au-delà du caractère contestataire de la manœuvre, que l’efficacité de leur stratégie d’influence des négociations ne fonctionne pas et qu’il serait certainement opportun de la réviser. Une action menée depuis l’extérieure de l’enceinte des négociations plutôt qu’à l’intérieur serait-elle plus pertinente ? Ce sont des réflexions à lancer.

Enfin, la teneur des textes et l’ardeur des délégations ont démontré que les antagonistes sont tenaces et constituent le principal blocage des pourparlers, qui ne sont que le reflet de ce que souhaitent en faire les Etats.

Un jeu d'alliances fragilisé

Le jeu des alliances dans les négociations sera-t-il suffisant pour inverser la tendance ? Là encore, le doute persiste. L’alliance Union européenne-AOSIS [1]-PMA [2] n’apparaît plus aussi fonctionnelle qu’auparavant.

Si des fractures étaient apparues au sommet de Copenhague entre l’AOSIS, les PMA et les grands émergents, rattrapés par leurs émissions (la Chine et l’Inde sont désormais respectivement premier et quatrième émetteurs de GES), ces derniers courtisent dorénavant leurs anciens détracteurs, désignant comme coupables les pays développés incapables de tenir leur engagements financiers, mettant en avant le principe d’équité intégré – sans être véritablement défini – lors des négociations à Durban en 2011 (COP17).



La question de la méthode se pose

Le tracé de la route vers 2015 semble de plus en plus sinueux. Si un accord reste envisageable, sa nature ambitieuse suscite beaucoup plus d’interrogations.

La question de la méthode se pose, devant les limites évidentes soulignées par un processus décisionnel à l’unanimité, par la possibilité pour les présidences de passer en force lors du vote (ce qui ouvre la voie à des recours), par le dépassement systématique des délais de négociations qui excluent les pays n’ayant pas les moyens de maintenir davantage leurs délégations sur place (la conférence s’est terminée le lendemain de la date initialement prévue), en bref une volonté excessive de démocratie qui conduit à un déficit en la matière.

La manière interpelle également, avec une COP19 sponsorisée par des entreprises comme Alstom, Arcelor Mittal ou encore BMW et la tenue les 18 et 19 novembre, à quelques mètres de là, de l’International Coal and Climate Summit organisé par l’Association mondiale du charbon, ou encore l’annonce par l’Australie, en ouverture, du retrait de son projet de taxe carbone et, par le Japon, de l’augmentation de ses émissions, justifiée par l’arrêt des centrales nucléaires suite à l’accident de Fukushima.

France, médias, ONG : tout le monde doit prendre ses responsabilités

La France s’est donc placée en situation délicate et devra relever le défi afin d’éviter un naufrage semblable à celui de Copenhague en 2009.

Les médias auront également leur rôle à jouer (ils avaient largement surexposé la COP15), tout comme les ONG qui devront s’atteler à sensibiliser davantage les opinions publiques et, pour certaines, aller au-delà de leur travail de communication et ne plus se reposer trop lourdement sur la légitimité que leur confère leur statut, qui ne fait pas tout.

Si la France souhaite obtenir un résultat positif en 2015, elle aura à charge de réfléchir aux moyens de neutraliser l’entente objective sino-américaine qui pourrait favoriser le maintien du statu quo et sur les opportunités de mobilisations les forces constructives, notamment en coopération avec le Pérou qui sera l’hôte de la COP20 en 2014.

Cela sera indispensable pour préparer au mieux le texte du futur accord, lors de négociations qui échapperont difficilement à l’indéfectible réalité des intérêts nationaux et privés.



[1] Association des petits Etats insulaires.
[2] Pays les moins avancées.


Article publié en partenariat avec Le + du Nouvel Obs