ANALYSES

Après l’adhésion de la Croatie à l’UE, quelles perspectives pour les Balkans occidentaux ?

Tribune
1 juillet 2013
Par Gaëlle Pério Valero, spécialiste des Balkans et chercheur associée à l’IRIS
Aujourd’hui, la Croatie devient officiellement le 28ème Etat-membre de l’Union européenne (UE). Dans un contexte économique morose, autant pour l’UE que pour la Croatie, quels bénéfices le pays peut-il attendre de cette adhésion ?

L’intégration européenne de la Croatie ne date pas d’hier. Le parcours européen de la Croatie est enclenché depuis très longtemps, puisqu’elle a reçu le statut de candidat en 2004, et a signé un Accord de stabilisation et d’association (ASA) – première étape vers l’adhésion – en 2001. Aujourd’hui, même si le timing est effectivement mauvais en raison de la crise économique, le premier intérêt de la Croatie est de ne plus être seule. Pour un petit pays, qui a la superficie de la région PACA et du Languedoc-Roussillon réunis et qui compte 4,5 millions d’habitants, le premier avantage, dans ce contexte, est de pouvoir intégrer la deuxième force économique mondiale.

En janvier 2012, seuls 43% des Croates s’étaient déplacés dans les bureaux de vote pour le référendum sur l’adhésion de la Croatie à l’UE. Au mois d’avril, le taux de participation pour l’élection des députés européens croates s’est élevé à 20%. Comment expliquer ce faible niveau d’enthousiasme chez les électeurs croates ?

J’y vois justement le signe que les Croates deviennent des Européens convaincus. On retrouve le même niveau de participation et de scepticisme vis-à-vis de l’Union européenne que dans les autres Etats-membres. Je dirais que cet essoufflement et ce peu d’enthousiasme notables sont des signes qui rapprochent la Croatie des standards européens. De plus, la première étape de son parcours européen a commencé en 2001 : après de très longues fiançailles, on peut difficilement s’étonner que la fête ne soit pas extrêmement exubérante le jour du mariage.

Quel peut être l’impact de cette adhésion sur les relations que la Croatie entretient avec les autres pays de la région – et en particulier avec la Serbie ?

L’impact a déjà été très clair. En effet, une des exigences de l’Union européenne lors de ce processus d’intégration, qui a été extrêmement rigoureux et strict, était l’existence de relations de bon voisinage. Aujourd’hui, la Croatie a de bonnes relations avec l’Albanie et avec la Macédoine ; elle a reconnu le Monténégro, mais aussi le Kosovo en même temps que la Bulgarie et la Hongrie ; elle a des relations très proches et attentives avec la Bosnie-Herzégovine, puisque 11% de ses habitants sont croates. Quant à la Serbie, la Croatie a lancé un processus de normalisation des relations et des partenariats assez importants, puisqu’il y a même un accord de défense entre les deux pays. Les chefs d’Etat et de gouvernement des deux pays se rendent régulièrement visite. Il existe également un partenariat dans les domaines de la police et de la justice, contre le crime organisé. Les relations dans la région sont établies, et ce notamment grâce à l’incitation européenne.
Maintenant que la Croatie est à l’intérieur du club européen, les autres pays des Balkans – qui sont eux aussi des aspirants Etats-membres de l’Union européenne – espèrent bien que la Croatie les aide et les soutienne dans leur progrès européen. Le statut d’Etat-membre de la Croatie est un marqueur plutôt positif pour les autres pays de la région, qui se disent que l’adhésion à l’Union européenne est possible. Elle montre qu’à peine 22 ans après le début des guerres, il est possible de sortir du communisme, de la période de guerre, de la période de transition, d’entrer dans les critères européens, puis d’être reconnu comme Etat-membre de l’Union européenne.

Contrairement à l’élargissement groupé de 2004, les pays des Balkans occidentaux font l’objet d’une approche individuelle. Pour quelles raisons ?

C’est très simple. L’Union européenne est une entreprise humaine. Dans une entreprise humaine, on peut faire des erreurs. Et des erreurs ont été commises lors des précédents élargissements, avec parfois des critères qui n’étaient peut-être pas assez rigoureux. En ce qui concerne l’élargissement aux Balkans occidentaux, l’UE a appris la leçon de ses erreurs passées, et a exigé des pays des Balkans occidentaux une autre méthode, où chaque pays progresse selon ses mérites. Nous ne sommes plus dans une dynamique d’élargissement collectif : chaque cas est particulier, selon ses besoins et ce qu’on exige de lui. La Croatie est un cas d’école, puisqu’elle a vu des chapitres de négociations supplémentaires ouverts pendant son processus d’adhésion. Cela n’a pas du tout été un parcours de faveur, mais bien un parcours du combattant, très technique, compliqué, et exigeant.

Où en sont les perspectives d’adhésion des autres pays des Balkans occidentaux ?

Chacun va progresser selon ses propres avancées. Aujourd’hui, la Serbie, qui a déjà obtenu le statut de candidat, s'est vue octroyer vendredi par le Conseil européen l’ouverture des négociations. Elles devraient débuter d'ici janvier 2014. C'est une très bonne nouvelle pour les pays des Balkans ! Le Kosovo est loin d’avoir le statut de candidat d'ailleurs cinq états membres de l'UE ne l'ont pas reconnu, mais espère commencer son parcours européen petit à petit. Le Monténégro a le statut de candidat, comme la Macédoine. Eux aussi, selon leurs propres difficultés – notamment en politique intérieure -, avancent doucement.
Les conséquences des élections qui viennent d’avoir lieu en Albanie – également pays candidat – devraient aussi être intéressantes à observer dans les prochains mois, pour voir si le nouveau gouvernement va intensifier cette perspective européenne. Quant à la Bosnie-Herzégovine, il s’agit du pays le plus à la traîne dans la région. Les difficultés, notamment d’ordre constitutionnel, vont être très difficiles à surmonter.
Sur la même thématique
La crise des réfugiés
L’aggravation des inégalités : quelle réalité ?