ANALYSES

Algérie, troubles et illusions

Tribune
14 mai 2013
Par Kader A. Abderrahim, chercheur associé à l’IRIS
Le dernier en date est celui provoqué suite à l’hospitalisation d’Abdelaziz Bouteflika. Une nouvelle fois, les Algériens ont appris l’évacuation de cet illustre patient vers l’hôpital militaire parisien du Val de Grâce, par la presse française, avant que la Présidence algérienne daigne communiquer sur l’état de santé du chef de l’Etat. Ce mépris a suscité beaucoup d’émotion chez les éditorialistes algérois. Comme quoi, il existe encore des Algériens pleins d’illusions.

En revanche les appareils politiques, eux, n’ont pas tardé à poser la question d’une éventuelle vacance du pouvoir. Et voici relancée, une nouvelle fois, la question de la succession, un débat qui se tient dans le confort et le secret des antichambres. Un trouble débat de partis appartenant à l’Alliance présidentielle, qui brouillent l’eau et font remonter à la surface les turpitudes d’un régime obsédé par sa pérennité.

Luttes au sommet

Récemment, le Palais de Justice d’Alger a fait l’objet d’une attaque en règle ayant causé la destruction de la base de données contenant les grandes affaires de corruption. Le Procureur général de la Cour d’Alger, Belkacem Zeghmati, a fini par réagir, confirmant les faits, tout en minimisant l’ampleur et l’importance des destructions. Comprendre que les réseaux informatiques et la base de données n’ont subi aucun dommage important a rassuré l’homme de loi. Pourtant, la plupart des dossiers en cours d’instruction sur les affaires révélées au fil des mois – notamment corruption et pots-de-vin dans lesquels sont impliqués des proches du président Abdelaziz Bouteflika, rendant problématique l’idée d’un quatrième mandat - ont été écrasés.
Sans cette opportune intrusion, les Algériens auraient pu apprendre qu’un ancien PDG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar – qui n’a plus de liens formels avec l’entreprise publique depuis 13 ans – a été perquisitionné et entendu par la justice. Et que Chakib Khelil, qui est, selon les informations italiennes et canadiennes, au cœur de l’affaire Eni-Saipem-Sonatrach, a été, lui aussi, perquisitionné par le DRS (services de renseignements)… Celui-ci a aussi pu quitter l’Algérie, non par la route de « Zouj Bghal » (les deux ânes, du nom de la frontière qui sépare l’Algérie du Maroc) comme un vulgaire trabendiste (contrebandier), mais par l’aéroport d’Oran.

Ce nouvel épisode met en lumière les luttes que se livrent les différents protagonistes du régime depuis un an. A l’été 2012, l’annonce par le Président de la République d’une possible réforme de la constitution suscite l’inquiétude car l’objectif est clair : faire sauter le verrou qui interdit au Chef de l’Etat de briguer un quatrième mandat. La commission chargée de faire des propositions au Président a été installée le 7 avril dans la plus grande discrétion, sans qu’aucune information ne soit communiquée sur les voies d’adoption de cette éventuelle réforme. Un référendum ferait courir un grand risque au pouvoir, une abstention massive pourrait se révéler destructrice.

Dans un contexte de délitement de l’Etat, de révélations de corruption à grande échelle, et de violences sociales, aucune orientation claire n’est donnée, aucun projet n’est avancé, seul compte le maintien du statu quo. Pourtant, il y aurait bien une solution « simple » à mettre en oeuvre : organiser une élection présidentielle libre et honnête, arbitrée par les Algériens.

Malheureusement, il existe aussi peu de chances que cette solution soit appliquée que de trouver un peu de clarté au milieu d’un marigot après que les crocodiles en aient troublé l’eau.

(1)Arthur Ichnitzer, Relations et Solitudes , Rivages Poche, 1991.

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