ANALYSES

Énergies renouvelables : ‘Oui mais pas chez moi’ ou les contradictions des Français

Tribune
21 janvier 2013
Au sein de l'opinion publique, un paradoxe à corriger

Deux enquêtes publiées au mois de janvier dévoilent d’intéressantes conclusions concernant la perception des énergies renouvelables et des questions environnementales par l’opinion publique.

La première, publiée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise énergétique (ADEME) le 11 janvier, démontre un recul des préoccupations environnementales chez les Français. Celui-ci se manifeste principalement par une relégation de la pollution au troisième rang de leurs préoccupations, derrière le chômage ou les inégalités sociales. Si cela semble plutôt logique en cette période de récession économique, l’enquête dévoile toutefois un élément intéressant : la difficulté pour les Français d’associer environnement et développement économique, malgré les annonces de Delphine Batho, ministre de l’Écologie, qui s’est engagée sur la création de 100.000 emplois verts d’ici trois ans.



La seconde, réalisée par l’institut de sondage Ipsos et dont les résultats ont été partiellement publiés dans les colonnes du quotidien 'Le Monde' du 17 janvier, révèle d’autres informations complémentaires : un engouement certain des Français pour les énergies renouvelables, mais une méconnaissance et des réserves persistantes sur leur déploiement massif. De fait, si 90% des sondés déclarent avoir une image positive des énergies renouvelables et 88% envisagent leur développement dans les années à venir, seulement 45% d’entre eux se déclarent par exemple prêts à accepter une éolienne dans le champ de vision de leur domicile (40% y sont opposés).

Ces enquêtes révèlent ainsi un paradoxe concernant l’opinion et les énergies renouvelables : un soutien à ces nouvelles sources d’énergie, qui semble acquis, de même que leur développement dans un avenir proche, mais qui s’accompagne d’une méfiance sur leur potentiel (création d’emploi, fiabilité, production électrique) et surtout de réserves assez nettes sur leur implantation massive dans leur environnement proche.

On retrouve dans cette contradiction le syndrome nimby pour not in my backyard (pas dans mon arrière-cour) qui tarde à s’estomper : l’urgence environnementale et la nécessité de mettre en place des modes de production durables sont en général communément admises, mais personne ne souhaite voir son quotidien affecté par les modifications que cela entrainerait.

Une responsabilité gouvernementale

L’évolution de l’opinion publique devra impérativement accompagner la transition énergétique, il s’agit même d’une condition nécessaire à sa réalisation. Si le débat national sur la transition énergétique constitue le cadre le plus pertinent pour atteindre cet objectif, force est de constater que son impact sur la population est pour l’instant bien en-deçà de l’enjeu. Pour preuve, 79% des Français interrogés lors de l’enquête Ipsos n’auraient pas entendu parler du débat, quand 70% jugent insuffisante l’action gouvernementale sur les questions énergétiques.

Certes, il convient de ne pas accorder trop d’importance à ce type d’enquête, mais leur statut de principal thermomètre de l’opinion confère à ces résultats une portée significative. Le gouvernement doit faire œuvre de pédagogie et dans des proportions bien plus importantes. La page consacrée au débat national sur la transition énergétique sur le site du ministère de l’Écologie manque pour l’instant cruellement de contenu et surtout d’actualisation. Plus d’un mois après la deuxième réunion de son Conseil national qui pilote les travaux, aucun compte rendu, communiqué ou relevé de décisions n’a été publié.

Rappelons également que l’enjeu du débat est davantage symbolique et informatif que décisionnel, puisque la loi de programmation qu’il est censé élaborer ne peut déterminer les montants qui seront consacrés au financement de la transition énergétique, fonction qui est réservée dans notre République à la loi de finances (dont la version 2013 a été votée fin 2012 et l’édition 2014 devrait être rédigée et peut-être en examen avant les conclusions du débat national sur la transition énergétique).

Considérant cet aspect, le gouvernement serait bien avisé de prendre les mesures nécessaires à l’amélioration de la visibilité de ce débat afin qu’il puisse a minima remplir sa mission informative auprès des citoyens, non pas en leur donnant l’illusion de disposer d’un pouvoir décisionnel, mais en les impliquant dans l’indispensable changement de paradigme qu’appelle la transition énergétique.

Article publié en partenariat avec Le + du Nouvel Obs