ANALYSES

Campagne présidentielle 2012 aux Etats-Unis : « Barack Obama part avec deux avantages stratégiques »

Tribune
8 avril 2011
Quel bilan peut-on faire du premier mandat de Barack Obama à ce stade ?
Le premier mandat de Barack Obama n’est pas terminé et d’importants événements peuvent encore affecter son bilan. Néanmoins, le président américain s’est conformé à sa devise de campagne « Change We Can Believe In ». Il a réussi, notamment, à faire passer une loi sur la réforme financière et une loi sur la réforme de la santé, réalisant ainsi les promesses qu’il avait faites durant sa campagne précédente. Mais son bilan est de plus en plus contesté par les Américains, inquiets de l’état de l’économie et notamment de l’état de l’emploi, caractérisé par le sous-emploi et un taux élevé de chômage. Obama, malgré ses réformes, n’a pas atteint une reprise durable et visible du moteur économique américain. Il semble patauger sur cette question, affectant ainsi le bilan de son mandat.

Alors qu’à la même époque, il y a quatre ans, huit candidats républicains et dix démocrates s’étaient lancés dans la course à la présidentielle, comment peut-on expliquer qu’Obama soit le seul en lice pour l’instant ?
Il faut distinguer l’élection de 2012 de celle de 2008. La campagne présidentielle de 2008 était une campagne fascinante mais aussi tout à fait exceptionnelle : c’était la première fois depuis 1952 qu’un président ou vice-président sortant ne se présentait pas aux élections présidentielles. Or, il est connu qu’un président en exercice a un avantage énorme sur ses adversaires lorsqu’il se représente pour briguer un deuxième mandat. Barack Obama profite donc aujourd’hui de cet avantage structurel et stratégique. Le deuxième choix stratégique adopté par Obama est celui de gagner du temps pour lever de l’argent. En effet, plus tôt on se déclare candidat à une élection, plus tôt on peut commencer à lever des fonds pour alimenter les caisses de la campagne, à créer des comités, etc. Le timing d’Obama prend également de court les républicains. Ils n’ont, à l’heure actuelle, personne qui puisse concurrencer Obama dans cette campagne. De façon un peu ironique d’ailleurs, l’annonce de la candidature d’Obama incitera probablement les républicains à essayer de s’organiser plus vite. Les républicains ont la réputation d’être le parti le plus discipliné mais en ce moment doivent faire face à des fractures en leur sein, entre le Tea Party et les plus modérés. La course à la présidentielle menée par Obama peut donc provoquer une tentative de plus grande organisation dans le parti républicain qui elle-même provoquera des divisions polémiques plus aigües : c’est astucieux !

Quelles sont les armes des républicains dans cette campagne ?
Les premières armes des républicains dans cette campagne sont le contrôle de la chambre des représentants et le mécontentement du public quant au bilan d’Obama, notamment dans le domaine économique. Il existe une très grande polarisation aux Etats-Unis entre les républicains et les démocrates. Surtout à Washington, l’esprit bipartisan qui avait prévalu pendant des décennies a disparu. Républicains et démocrates ne se parlent plus. Les quelques débats politiques, encouragés par les médias sont devenus cruels et crus.
Le défi des républicains dans cette campagne sera de transformer ce mécontentement populaire en une plateforme électorale. L’effet du « non » n’étant pas suffisant, les républicains vont devoir fournir aux électeurs quelque chose en faveur de quoi voter. Revenir sur l’exceptionnalisme américain et l’esprit d’indépendance ne marchera pas cette fois-ci auprès du grand public car les Américains sont conscients que leur pays est confronté à la concurrence internationale et notamment à celle la Chine.

Est-ce qu’un thème particulier va dominer la campagne ?
C’est l’économie qui va clairement dominer cette campagne. Mais ce thème interviendra dans un thème plus large : « L’Amérique est-elle sur la bonne voie ? », « Les Etats-Unis peuvent-ils réussir au XXIème siècle ? Si oui, comment ? » Depuis l’arrivée de George W. Bush au pouvoir, 5/6e des Américains pensent que les Etats-Unis ne sont pas sur la bonne voie. Le mécontentement actuel des Américains peut être comparé à un mécontentement à la française. Certaines caractéristiques de ce mécontentement sont considérées comme étant davantage des caractéristiques européennes : chômage élevé, pessimisme grandissant parmi le public, sentiment de déclin et immobilisme politique, voilà ce qui caractérise aujourd’hui le mécontentement américain. La solidarité de la société américaine s’effrite de plus en plus, le décalage entre ceux qui possèdent le pouvoir et l’argent et le peuple devient de plus en plus évident. Ce phénomène renvoie également à l’histoire européenne, en particulier d’avant-guerre. Le sentiment que les Etats-Unis sont en train de se faire devancer par d’autres pays comme la Chine érode encore plus la solidarité et l’optimisme.

Suscitant une forte polémique aux Etats-Unis, la décision d’Obama de faire intervenir les troupes américaines auprès de la coalition internationale en Libye sans avoir demander l’accord préalable du Congrès, aura-t-elle un impact décisif dans cette campagne ?
Il est difficile de savoir si cette décision pèsera dans la campagne car tout dépendra de la sortie de cette intervention militaire. La décision d’intervenir en Libye n’était pas l’initiative d’Obama lui-même, c’est une décision qui lui a été fortement conseillée par Hillary Clinton qui s’est démarquée du secrétaire à la Défense, Robert Gates en suivant les Français. Après coup, Gates a défendu la décision présidentielle mais ses déclarations, notamment ses auditions devant le Sénat, révèlent ses hésitations. Obama lui-même essaie de se distancer de cette décision. Dans leurs discours, Barack Obama, Hillary Clinton, Robert Gates ou encore l’amiral Mullen tentent de montrer que les Etats-Unis, dans cette opération, soutiennent leurs alliés tels que la France et la Grande-Bretagne ainsi que leurs partenaires, en particulier la Ligue Arabe mais qu’ils ne dirigent pas cette opération, et ils affirment qu’aucun soldat américain ne mettra les pieds sur le sol libyen. Les opérations en Afghanistan et en Irak ne sont pas perçues par le public américain comme étant des réussites. Ces opérations durent depuis très longtemps, et les Américains n’ont pas l’impression que le gouvernement ait identifié la résolution des problèmes qui se posent. La finalité de l’opération en Libye est encore plus vague. Dans ses déclarations, Obama affirme que les Etats-Unis interviennent uniquement dans le cadre de l’OTAN et qu’ils ne sont pas engagés dans une troisième guerre dans un pays musulman. Les républicains, quant à eux, tacheront de démontrer que les Etats-Unis sont bel et bien engagés dans une troisième guerre étrangère, et justement dans un pays musulman. En cela, cette opération en Libye peut affecter la campagne mais ce qui aura un impact décisif sera le résultat de ces opérations. Si Kadhafi est toujours là à la date des élections américaines, l’opération sera considérée comme un échec.
Sur la même thématique