ANALYSES

Brésil : Retombées internationales des présidentielles du 31 octobre

Tribune
3 novembre 2010
La victoire de Dilma Rousseff, candidate du parti des travailleurs (PT), proche collaboratrice du chef de l’Etat sortant, Lula da Silva, n’est pourtant pas une victoire neutre du point de vue des relations internationales, et de la place qu’y occupe le Brésil. Le Brésil en effet a pris depuis 2003, date de l’entrée en fonction de Lula da Silva, une place croissante sur le continent américain, et de plus en plus au-delà. Que cette place et le discours qui l’accompagne soient salués par certains et mal vécus, voire critiqués par d’autres, n’y change rien. Un autre Brésil, qui n’est plus la terre d’avenir indéfinie, selon la formule répétée à satiété par les puissances installées, mais un émetteur d’exigences et d’affirmations de portée universelle, a pris forme. Un Brésil qui a consolidé sa présence au monde en jouant sur un multilatéralisme tous azimuts. Il suffit ici de rappeler la création au sein de l’OMC du G-22 avec l’Afrique du sud et l’Inde, celle de forums permanents de consultation entre Amérique du sud et Ligue arabe, Amérique du sud et Afrique noire, celle de l’Union des nations d’Amérique du sud, celle du G-4 avec l’Allemagne, l’Inde et le Japon afin de proposer un nouveau mode de fonctionnement des Nations Unies, la direction de l’opération de paix en Haïti (la MINUSTAH), la médiation sur le dossier du nucléaire iranien avec la Turquie (1).

L’enjeu des présidentielles au-delà des personnalités en présence, Dilma Rousseff (PT) et José Serra (PSDB), opposait deux projets d’insertion internationale sensiblement différents. L’un, celui qui a finalement perdu, celui du PSDB et de José Serra, se situait dans la logique qu’avait suivie avant 2002 le président PSDB, Fernando Henrique Cardoso. Le Brésil du PSDB est un pays occidental. Il doit privilégier ses rapports avec les pays membres de l’OCDE. Le président Cardoso avait en particulier recherché un rapport préférentiel avec le Royaume-Uni de Tony Blair. Dans cet ensemble occidental le Brésil doit soutenir les secteurs exportateurs à même de jouer gagnant sur les marchés internationaux, privilégier une insertion compétitive. L’Amérique du sud dans un tel contexte est relativement secondaire. Le Marché commun du Sud (Mercosur/Mercosul) et son tarif douanier commun est, comme l’a déclaré José Serra, plus un handicap qu’un atout. Le partenariat avec la Chine, la recherche de marchés complémentaires en Asie, dans le monde arabe, en Iran, ont été de la même manière critiqués par FHC et J. Serra. La critique économique s’est doublée d’une critique idéologique. Le Brésil aurait plus à perdre qu’à gagner à s’occuper de dossiers diplomatiques compliqués, traités par les « 5 Grands », Proche-Orient, Iran, voire Haïti. Les rares prises de position du PSDB sur les questions internationales, pendant la campagne électorale, ont durci la critique à l’égard de la diplomatie active et universelle pratiquée par Planalato (=la présidence), et Itamaraty (=les affaires étrangères), ces derniers temps. Elles présentaient les initiatives prises par le Brésil sur le dossier iranien par exemple comme celles d’un pays ayant fait le choix d’une alliance privilégiée avec un régime stigmatisé par les membres permanents du Conseil de sécurité. L’intervention du pape, Benoît XVI, dans la campagne électorale, pour condamner à la veille du deuxième tour ceux qui défendent l’avortement, ont complété l’option occidentalo-chrétienne du PSDB.

La victoire de Dilma Rousseff, candidate du PT, est donc aussi celle d’une continuité diplomatique. Elle est en effet celle d’un projet pays mis en œuvre depuis le 1er janvier 2003, qui vise à conforter de façon concrète l’émergence internationale du Brésil. Un Brésil qui a fait le choix d’un monde rompant avec les modes de fonctionnement hérités de la deuxième guerre mondiale, et qui parie de façon concrète sur la multilatéralité. La victoire électorale de la candidate du PT, le 31 octobre 2010, donne une dimension inédite à cette ambition, en l’inscrivant dans la durée. Le conseiller international du président sortant, Marco Aurelio Garcia, l’a clairement exprimé dés le 1er novembre au petit matin. « Ces dernières années », a-t-il déclaré, « le Brésil a acquis un poids extérieur. Avec Dilma le Brésil aura une politique latino-américaine très active. Et il ne cessera pas non plus de faire entendre sa voix sur d’autres thèmes et conflits de nature mondiale ».

(1) Pour plus de précisions voir, « Relations internationales du Brésil, les chemins de la puissance », ouvr. Collect, coord., Denis Rolland et Antonio Carlos Lessa, Paris, L’Harmattan, 2010
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