ANALYSES

Le nouveau paysage politique allemand issu des élections fédérales

Tribune
30 septembre 2009
Une première analyse des transferts de voix montre qu’il a été la principale victime de l’éclatement du paysage politique allemand, perdant des électeurs sur sa gauche en faveur de Die Linke qui remporte 12% des voix et sur sa droite en faveur des verts qui avec 10,6% des suffrages réalisent leur meilleur score à une élection fédérale, profitant de l’apport d’un électorat urbain et diplômé, les fameux « post-matérialistes » qui ne se reconnaissent plus dans le SPD. Quant au succès des libéraux du FDP, il n’est pas seulement dû au « recentrage » (certains dirigeants CDU ont même parlé de « social-démocratisation rampante ») de la CDU mais aussi à un glissement des valeurs au sein de la société allemande vers plus d’individualisme et de performance : en 1990, 38% des Allemands considéraient que la performance était une valeur essentielle ; en 2009 ils sont 51% à le penser.

Le succès de la CDU est d’abord le succès personnel d’Angela Merkel dont le style de gouvernance, la modération et une forme de sérénité plaisent. D’ailleurs dans les enquêtes d’opinion concernant la préférence pour le poste de chancelier en cas d’élection directe de celui-ci, elle récoltait régulièrement deux fois plus de suffrages que son principal challenger, Steinmeier qui n’a pas su se départir de son image de haut fonctionnaire : 57% contre 28%. Forte de cette image, elle est parvenue à « neutraliser » le SPD au sein de la grande coalition. Mais cette appréciation ne saurait suffire. Ce résultat de la CDU est aussi la résultante d’une évolution programmatique de la CDU conduite avec courage par Angela Merkel depuis 2005 à la fois sur des thèmes sociétaux – comme la famille (introduction du congé parental) ou la politique à l’égard de la petite enfance (développement des crèches) – et sur le rôle d’un Etat régulateur en matière économique, conception bien éloignée des accents néo-libéraux de la campagne de 2005. L’évolution sur ce dernier thème lui a certes coûté le départ d’une partie des électeurs traditionnels vers les libéraux, mais lui a ouvert les rangs d’autres franges de la société et de l’électorat : ainsi 43% des électeurs verts et 24% de ceux de Die Linke s’imaginaient pouvoir voter en faveur d’Angela Merkel.

Le SPD ressort très affaibli de ce scrutin dont l’issue n’est pas vraiment une surprise pour qui suit l’évolution de la vie politique allemande. Il faut distinguer plusieurs niveaux : concernant le personnel politique, toutes les têtes d’affiche – Steinmeier le premier – sont des enfants de Gerhard Schröder, avec ce que cela comporte d’usure depuis l’accession au pouvoir de 1998. Le parti n’a pas su renouveler ses cadres et a même connu un effondrement du nombre de ses militants qui pour la première fois de l’histoire politique allemande est inférieur à celui de la CDU (525 000 contre 530 000). Le maillage du territoire n’existe plus puisqu’il ne présente plus que trois ministres-présidents sur 16, recueillant même dans certains Länder de l’Est des taux proches des « petits partis », le meilleur exemple étant l’élection régionale de Saxe du 30 août 2009 où il a recueilli 10,4% des voix à comparer aux 10% du FDP. Il y a donc un vraiment problème structurel.

Dans le cadre d’une politique conduite avec les libéraux plusieurs défis majeurs attendent la chancelière :
- Quelle sortie de crise proposer alors que l’Allemagne a engagé des plans de soutien à hauteur de 3% du PIB et que le retour à l’équilibre des finances publiques et la baisse des impôts sont déclarés prioritaires ?
- Comment financer les futures dépenses de l’Etat providence en période de déclin démographique (l’Allemagne perdra 18 millions d’habitants d’ici à 2050), notamment en ce qui concerne les retraites et les dépenses de santé, une partie de la coalition, la CSU particulièrement, refusant toute individualisation et privatisation trop poussée du système de protection sociale, pourtant revendiquée par les libéraux ?
- Comment combler le retard persistant entre l’Est et l’Ouest alors que depuis 2006, le taux de croissance à l’Est est inférieur à celui de l’Ouest, que le taux de chômage est de 13% dans le premier cas et de 7% dans le second et que le programme d’aides publiques contenues dans Le pacte de solidarité arrive à échéance en 2019 ?
- Et enfin, comment gérer un futur ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, sans aucune expérience ministérielle et internationale, avec comme premier dossier conflictuel l’Afghanistan, les libéraux ayant exigé un retrait des troupes allemandes ?