ANALYSES

Gaz russe: dépendance ou interdépendance?

Tribune
16 janvier 2009
Sans voir (comme le font de nombreux médias occidentaux) dans ces interruptions répétées des livraisons d’hydrocarbures l’indicateur d’un projet néo-impérialiste, il est certain que l’énergie est utilisée par Moscou comme un moyen de pression sur des pays d’ex-URSS qu’elle considère comme sa priorité en matière de politique étrangère.

La démarche russe est pourtant structurellement contrainte par des facteurs économiques, qui s'entremêlent étroitement aux facteurs politiques. Tôt ou tard, la Russie devra renégocier avec les pays de la CEI auxquels elle fournit depuis l'effondrement de l'URSS une énergie bon marché. D’une part, la modernisation de son économie et plus particulièrement de sa base industrielle passe, au moins pour partie, par un juste prix de l’énergie. En effet, les industriels ne consentiront à investir pour moderniser leurs installations que lorsqu’ils y trouveront un intérêt. Or, ces investissements, tout en améliorant la productivité/rentabilité de l’économie russe, permettront in fine des économies d’énergie. Economies d’énergie qui génèreront d’ailleurs autant de recettes à l’exportation supplémentaires pour les Russes. Or, à l’heure actuelle, il est politiquement impossible d’accroître le prix de l’énergie en Russie tant que les pays partenaires bénéficient de conditions préférentielles. Qui plus est, l’engagement russe dans le protocole de Kyoto, même si les termes de l’accord restent très favorables à Moscou, pousse également à une amélioration de l’efficacité énergétique de ce pays. Enfin, l’énergie n’est certes pas directement concernée, mais les négociations pour l’intégration de la Russie à l’Organisation Mondiale du Commerce sont, au moins pour partie conditionnées à une normalisation des relations économiques de ce pays avec ses voisins.

Partant de ce constat, les Russes tentent depuis plusieurs années de renégocier avec leurs partenaires pour progressivement revaloriser les prix de l'énergie. C’est ainsi que Moscou a conclu en juillet dernier un accord avec la Moldavie pour passer le prix du gaz à 253$ les 1000 m3 (contre 213 précédemment). Pour 2008, le gaz fourni à Kiev était facturé 179,5 $ et Gazprom souhaitait le porter à 250 $ en 2009. Des négociations sont en cours avec tous les pays et fondamentalement, le prix du gaz russe devrait tendre à s’harmoniser à plus ou moins long terme entre tous les importateurs de gaz russe. A l’heure actuelle, le géant russe n’applique encore à aucune ex-république soviétique son tarif européen, soit 418 $.

Reste la question de la dépendance de l'Union européenne vis-à vis de la Russie, fréquemment jugée excessive et néfaste aux intérêts européens. Doit-on réellement s’en inquiéter ? Doit-on tenter de s’en détacher ?

Il faut d'abord rappeler que cette dépendance est le résultat d'un choix, qu'elle n'est pas subie mais voulue. En 2000, l'Union européenne et la Russie ont lancé un dialogue énergétique dans le cadre duquel l'UE prévoyait d’augmenter significativement ses importations d’hydrocarbures russes. La dépendance actuelle est donc le fruit de cette décision, mais les évolutions ultérieures de la Russie (reprise en main du secteur énergétique par l’Etat, interruptions des livraisons d’hydrocarbures à l’Ukraine en 2006 et à la Biélorussie en 2007) ont conduit l’UE à s’interroger sur le partenariat avec Moscou et à tenter de diversifier ses approvisionnements. Là encore, une analyse trop rapide conduirait à des décisions hâtives et coûteuses pour les pays de l’Union. Se distancier de la Russie accroîtrait en effet la dépendance européenne vis-à-vis d’autres fournisseurs pas nécessairement plus fiables…

Autre élément fondamental : cette dépendance énergétique de l’Union est en fait une interdépendance. La Russie dépend de l'Union européenne, son premier marché, pour écouler ses hydrocarbures tout autant que l'Europe dépend du gaz russe. Moscou et Bruxelles dépendent également de Kiev pour acheminer 80% du gaz russe vers l'UE. Cette interdépendance va persister, compte tenu du temps nécessaire à la construction de nouvelles infrastructures de transport ou à un hypothétique redéploiement des flux énergétiques. Il est donc impératif de parvenir à un règlement durable dans la crise actuelle.


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