ANALYSES

Iran : une « parlementarisation » en trompe-l’œil du régime ?

Tribune
22 décembre 2008
La victoire des conservateurs ne faisait donc aucun doute. Les accusations d’irrégularité furent promptement écartées. Pourtant, malgré leur statut de favoris, les partisans de Mahmoud Ahmadinejad n’obtinrent que 15% des voix à l’intérieur de la coalition conservatrice des « défenseurs des principes ». Et Ali Larijani, qui avait quitté son poste de négociateur sur la question du nucléaire fin 2007, s’imposa en août à la tête du Parlement iranien au détriment du candidat proposé par M. Ahmadinejad. Il met depuis ses points de désaccord avec le président en avant et compte mener l’opposition depuis le Parlement.

Mais ne nous y trompons pas : le désaccord porte sur la manière de gérer l’économie, plus particulièrement les fonds provenant du pétrole, et non sur les principes de la révolution islamique ou la rhétorique agressive envers les Etats-Unis et Israël. On reproche le manque de vision et d’investissements à long terme dans l’économie nationale mais le droit au nucléaire du peuple iranien n’est aucunement remis en question, puisque uniquement civil selon les autorités. Car ces positions nationalistes sont populaires auprès du peuple et sont des éléments indissociables de la politique conservatrice. Elles ont même permis une répression accrue envers ceux qualifiés « d’ennemis de l’intérieur ». La domination des conservateurs passe donc par ce biais.

A l’approche des élections, de nombreux conservateurs cherchent cependant à prendre leurs distances avec le bilan médiocre du gouvernement actuel. L’agitation qui caractérise le bloc conservateur a alors sans doute décidé M. Larijani à utiliser le Parlement comme moyen d’opposition, mais il est douteux que celui-ci émerge comme un troisième pouvoir après ceux du guide de la révolution et du Président. Le Majlis est en effet censé ne s’exprimer que sur les questions de politique économique et non sur la politique étrangère, la gestion des hydrocarbures ou encore le dossier nucléaire iranien. Par conséquent, les querelles politiques en Iran semblent avant tout des querelles de personnes.

Nombre de scénarios surprenants sont alors à prévoir. On peut ainsi imaginer une alliance parlementaire tactique entre conservateurs et réformateurs qui aboutirait à ce que Mahmoud Ahmadinejad renonce à briguer un second mandat. Désormais, à six mois de l’élection, les réformateurs vont intensifier dans tous les cas leur campagne anti-Ahmadinejad. Une autre possibilité serait un combat électoral porté par les parlementaires conservateurs en juin 2009 entre l’actuel maire de Téhéran, Mohammad Bagher Qalibaf, et son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad. Si toutefois Mohsen Rezai, l’ancien chef des Gardiens de la révolution, puissance au pouvoir croissant en Iran, n’entre pas en jeu. Les réformateurs pourraient également tirer leur épingle du jeu : Mehdi Karoubi est le seul candidat réformateur déclaré à la présidentielle de 2009 mais Mohammad Khatami, président de la République islamique de 1997 à 2005, n’aurait pas encore dit son dernier mot et laisse flotter le suspense autour de sa candidature.

Toutefois le seul et véritable arbitre de l’élection sera vraisemblablement Ali Khamenei, guide suprême ayant succédé à l’ayatollah Khomeyni, et le Parlement devrait revenir par la suite à son rôle d’alibi démocratique. Une note d’espoir est toutefois permise puisque le 3 décembre, Ali Larijani n’a pas exclu la possibilité d’entrer en contact direct avec le Congrès américain qui aurait envoyé plusieurs messages au Majlis iranien afin de travailler conjointement sur certaines questions bilatérales. De nouveaux dirigeants dans ces deux pays plus disposés à dialoguer que leurs prédécesseurs, est sans conteste une bonne chose mais, au-delà des symboles, pourquoi le renouveau concret des relations américano-iraniennes ne passerait-il pas par leurs parlements respectifs ?