ANALYSES

La future politique américaine au Moyen-Orient : plus ça change, …

Tribune
18 décembre 2008
Son intervention a porté sur les grandes lignes de la future politique américaine au Moyen-Orient. Denis Ross a tout d’abord insisté sur la nécessité de mener une politique basée sur les réalités du terrain. Sur l’Irak, il a insisté sur la nécessité de discuter avec les voisins de ce pays pour les impliquer. Toutefois, l’essentiel de son intervention a porté sur l’Iran. L’idée, a-t-il souligné, est de changer la dynamique en cours en discutant directement avec l’Iran. Toutefois, il a aussi signalé que contrairement à la politique de George W. Bush, qui avait utilisé, selon ses dires, « a weak carrot and a weak stick », la nouvelle administration américaine parlerait avec l’Iran avec « a big carrot and a big stick ». Denis Ross a d’ailleurs particulièrement insisté sur les difficultés économiques actuelles de l’Iran (émeutes suites au rationnement de l’essence, grève du bazar suite à la décision gouvernementale d’imposer une TVA, pannes d’électricité ces derniers mois, inflation réelle plus élevée que les 30 % annoncés, etc.). Denis Ross a donc surtout insisté sur les possibilités qu’il voyait d’imposer des sanctions économiques plus sévères sur l’Iran.

Par la suite, lui fut posée la question à savoir ce qu’il pensait de la possible volonté des Iraniens d’atteindre juste un « seuil » technologique en matière de nucléaire, comme le Japon, qui leur permette de fabriquer rapidement une bombe. Denis Ross a alors répondu que cette éventualité était également inacceptable car elle changerait également l’ensemble des rapports de force dans le proche et le Moyen-Orient. Aux questions : est-ce que cette politique de sanctions n’est pas d’avance vouée à l’échec car l’enrichissement de l’uranium en Iran est devenu une cause nationale et une large partie de la population est prête à faire les sacrifices nécessaires ? pourquoi ne pas prendre en considération qu’il est rationnel pour l’Iran, comme pour tout pays pétrolier ou gazier, de développer une industrie nucléaire civile qui lui permette d’économiser ses réserves de pétrole et de gaz ?, Denis Ross a répondu qu’il trouvait tout à fait rationnel qu’un pays comme l’Iran veuille développer une industrie nucléaire en rappelant que les Etats-Unis viennent de conclure un accord de partenariat dans ce domaine avec les Emirats Arabes Unis. Cependant, il a également déclaré que les Etats-Unis n’arriveraient à aucun résultat avec l’Iran s’ils discutaient avec ces derniers sans moyen de pression. Il a également évoqué l’attitude de l’Iran vis-à-vis d’Israël pour justifier cette position.

En conclusion, cette intervention de Denis Ross laisse perplexe. On ne peut que saluer l’intention de la nouvelle administration américaine de vouloir négocier directement avec l’Iran. Toutefois, la volonté également réaffirmée des Etats-Unis que l’Iran arrête d’enrichir l’uranium ne semble pas en phase avec une réalité iranienne où le régime, soutenu par une large majorité de la population, ne veut pas revenir sur ce qu’il considère comme un droit absolu. Par ailleurs, il est aussi assez irréaliste de considérer que des pressions économiques plus élevées feront plier le régime. En outre, les spécialistes de la négociation savent que l’on ne négocie pas en montrant la carotte et le bâton. Une explication de cette absence de rupture avec la politique de l’administration précédente peut être liée à la volonté de l’équipe d’Obama de ne pas opérer un virage à 180 ° par rapport à la politique antérieure. Or, ces considérations, liées sans doute à des questions de politique intérieure américaine, pourraient conduire à un échec de cette stratégie de « big carrot and big stick ». Et là, les options seront vraiment limitées …