ANALYSES

Chine, fin des idées reçues

Tribune
16 décembre 2008
Pourtant, cette Chine, isolée, nationaliste, parfois irrespectueuse, est peut être en train de changer. Très vite. Le premier signe de ce changement est arrivé juste après le 11 septembre 2001. Comprenant brutalement que le terrorisme international pouvait les concerner aussi, les dirigeants de Pékin découvrirent la coopération en matière de renseignement. C’était évident au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai, où ils retrouvent leurs homologues des quatre Etats d’Asie centrale et ceux de Moscou. Ce l’était moins avec les Etats-Unis, mais ce fut fait quand même. L’arrivée au pouvoir, entre 2002 et 2003, de Hu Jintao et de Wen Jiabao, beaucoup plus pragmatiques qu’idéologues, a marqué le début de beaucoup d’autres changements. Sans surprise, la crise financière puis économique qui a éclaté en octobre 2008 a joué un rôle de révélateur. Lors de la réunion du G20, à la mi-novembre, la Chine a voulu jouer le jeu. Son plan de relance, qui affectera plusieurs centaines de milliards de dollars à des travaux principalement d’infrastructure, est proche dans son esprit de ceux des pays ouvertement capitalistes. Dans les premiers jours de décembre, les rencontres sino-américaines ont abouti à des accords concrets sur les aides au commerce international. Le 14 décembre, un sommet trilatéral réunissait au Japon les premiers ministres nippons et chinois, ainsi que le président Sud-Coréen, pour étudier des parades communes à la crise. Le 15 décembre, aboutissement d’un processus d’apaisement mis en marche depuis l’arrivée au pouvoir à Taiwan, le 20 mai 2008, de Ma Ying-jeou, les relations directes régulières, tant aériennes que maritimes ainsi que les relations postales ont été rétablies, après près de 60 ans d’interruption.

Oui, mais... Parmi les actions de relance de l’économie chinoise, la dévaluation du renminbi est, bien entendu, vue comme un mauvais coup par le reste du monde. De même que les menaces proférées envers la France à l’issue de la rencontre entre son Président et le Dalaï Lama, venant après boycott des produits français et autres tracasseries répondre aux difficultés rencontrées lors du passage de la flamme olympique à Paris.

Les dirigeants chinois sont partagés entre deux visions. D’un côté la volonté de faire de leur pays une nation moderne, ayant des rapports normaux et apaisés avec le reste du monde. Cette volonté est celle de dirigeants plutôt jeunes et pragmatiques. Il semble bien que Hu Jintao appartienne à cette catégorie, bien que son profil passé soit plutôt celui d’un apparatchik. Face aux « novateurs », les conservateurs n’ont pas désarmé. Restés idéologues, ils n’ont accepté qu’avec beaucoup de réticences les choix faits par Deng Xiao Ping, qui ont précipité leur pays dans un libéralisme entrepreneurial qu’ils jugent suicidaire. Tous les régimes qui se sont succédés, impériaux ou maoïstes, craignent avant tout les manifestations engendrées par les problèmes sociaux, prémices obligées de toutes les chutes dynastiques. L’échec du modèle économique qui avait assuré le succès des quinze dernières années paraissait impensable. Il est désormais de plus en plus à craindre, dans un pays qui a décidé de baser la quasi totalité de sa réussite sur des exportations pour lesquelles les clients se raréfient désormais. Si des pans entiers de l’industrie chinoise devaient s’effondrer, le marché intérieur étant actuellement incapable de prendre le relais, ce sont des dizaines de millions de travailleurs qui se retrouveront à la rue, dans un pays où les protections sociales sont quasi inexistantes.

Les années fastes ont permis à l’Etat chinois de se constituer un « trésor de guerre » qui lui permettra de tenter son vaste plan de relance, composé de grands travaux d’infrastructures et d’incitations à la consommation intérieure. Il n’est pas sûr que cela sera suffisant. Si le pouvoir devait se retrouver confronté aux graves problèmes sociaux qu’il redoute, il pourrait être tenté de trouver des boucs émissaires, comme la France. Il est même certainement des hiérarques qui pensent à des solutions plus radicales, comme par exemple une reconquête militaire de Taiwan.