ANALYSES

L’Ukraine en crise (s)

Tribune
14 novembre 2008
Au-delà de ce limogeage, l’Assemblée ukrainienne a été le théâtre d’un piètre spectacle, les députés en venant aux mains après que les partisans de Ioulia Timochenko eurent tenté de bloquer le vote électronique. En proie depuis plusieurs années à une instabilité favorisée par une Constitution bancale, l’Ukraine semble donc s’enfoncer dans la crise politique. Début octobre, le Président Iouchtchenko avait appelé (pour la seconde fois en treize mois) à des élections législatives anticipées pour sortir de la crise. Mais celles-ci, rejetées par le Premier ministre Ioulia Timochenko, ont été reportées en raison de la crise économique.

C’est là le facteur aggravant de ce nouvel épisode dans la vie politique ukrainienne : le pays est touché de plein fouet par la crise financière et économique. Le système bancaire a montré toute sa fragilité début octobre, lorsque 25 établissements en panne de liquidités ont demandé des crédits à la Banque nationale. La monnaie nationale, la hryvna, a perdu près de 12% de sa valeur en quelques semaines. Les secteurs traditionnellement exportateurs, en premier lieu la métallurgie, doivent faire face à la concurrence chinoise ou russe, conjuguée à la baisse des prix mondiaux. Les prévisions économiques sont sombres : la production industrielle a diminué de plus de 4% en septembre et le déficit de la balance des paiements devrait atteindre cette année 10 à 12% du PIB. Pour soutenir l’économie, le Président Iouchtchenko a annoncé fin octobre la création d'un fonds de stabilisation de 150 millions d’euros (1 milliard de hryvnas). Mais le déficit de la balance des paiements ne pourra être financé qu’avec l’aide internationale : le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé début novembre un prêt de 16,4 milliards de dollars pour l'Ukraine. La crise économique alimente bien entendu les tensions politiques, les concurrents de Ioulia Timochenko espérant que les électeurs tiendront le gouvernement pour responsable.

Un troisième sujet de préoccupation s’ajoute à ce tableau très sombre. Le conflit géorgien a mis en lumière les fragilités d’une Ukraine tiraillée entre l’intégration euro-atlantique et les liens avec la Russie. La question centrale est bien celle de l’adhésion à l’OTAN. A Tallinn, l’Alliance atlantique vient d’appeler l’Ukraine à accélérer les réformes politiques et militaires en vue d’une éventuelle adhésion. Mais la perspective de celle-ci est toujours violemment rejetée par Moscou, qui dispose d’une large panoplie de moyens de pressions sur Kiev. Outre l’énergie, la population russe de Crimée apparaît ainsi comme une source potentielle de menaces pour l’intégrité du pays, au moment où la Russie fait de la protection des minorités russophones un objectif de politique étrangère. Surtout, l’adhésion à l’Alliance atlantique continue à diviser l’Ukraine. Favorable à l’entrée dans l’Union européenne, la population ukrainienne est majoritairement hostile à ce que le pays rejoigne l’OTAN. Dans ce contexte, les récents propos du Secrétaire général de l’Alliance, pour qui le gouvernement ukrainien devrait s'efforcer d'obtenir ce soutien de la population, apparaissent singulièrement déconnectés de la réalité politique et économique actuelle.



Source : Euronews