ANALYSES

Champion du monde pour une machine à laver

Tribune
7 novembre 2008
L’UEFA avait fait un choix volontariste en désignant la candidature polono-ukrainienne au détriment de dossiers plus sûrs comme celui de l’Italie ou de la Croatie, associée à la Hongrie. Il s’agissait de mettre le cap à l’Est et d’aider au développement sportif et économique de ces pays. Cela allait dans le sens de la stratégie de son Président Michel Platini de « multipolariser » le football européen afin d’éviter qu’il ne soit concentré entre l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne et à un degré moindre, l’Allemagne et la France. Pour l’Allemagne l’échec de la Pologne et de l’Ukraine serait grave et créerait des zones de turbulences dans une région vitale pour elle.

C’est pour cela que la Fondation Schloss Neuhardenberg créée par les caisses d’épargne allemandes (qui préfèrent soutenir des projets culturels et éducatifs plutôt que de perdre leur argent en spéculant comme les caisses d’épargne françaises), et qui s’occupe en priorité des relations avec l’Est de l’Europe, a organisé un séminaire sur l’avenir de cette candidature.

Et la conclusion fut pessimiste. Si une politique volontariste et cohérente n’est pas suivie dans les deux pays, on court à la catastrophe. Il n’est pas encore trop tard, mais il faut agir vite et ne pas se voiler la face, les querelles politiques en Ukraine risquant d’aggraver les problèmes.

Ce colloque fut aussi l’occasion de rencontrer Horst Eckel, champion du monde de football avec l’Allemagne, en 1954, en Suisse. On se rappelle que la victoire de l’Allemagne sur la Hongrie fut qualifiée de « miracle de Berne ». Non seulement parce que la Hongrie était archi-favorite, mais aussi parce que ce fut le signal d’une nouvelle fierté de l’Allemagne, admissible par les autres Nations et de sa réintégration dans la communauté internationale.


Agé de 76 ans, Horst Eckel a toujours bon pied, bon œil. Il s’exprime aussi vivement dans les débats qu’il s’exprimait autrefois balle au pied. D’ailleurs, il continue à jouer au football. Lors du dîner qui a suivi le débat, j’ai eu la chance d’être à ses côtés. S’est engagée une conversation animée, Markus Verbeet, du Spiegel, servant de traducteur entre l’anglais et l’allemand.

A l’époque, les joueurs ne s’étaient pas immédiatement rendus compte de l’impact psychologique de leur victoire. Après le coup de sifflet final, ils étaient heureux d’avoir gagné. Ce n’est qu’à leur retour en Allemagne qu’ils ont découvert la ferveur qu’ils avaient suscitée à l’échelle nationale, la fierté retrouvée des Allemands.


Et les revenus des footballeurs n’avaient rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. Les champions du monde (joueurs et remplaçants) avaient touché 200 DM par match joué et 1000 DM pour la victoire, soit au total 2200 DM, auxquels il faut ajouter une machine à laver et quelques appareils électroménagers.


Horst Eckel participa également à la Coupe du monde 1958. Mais il ne joua pas le match pour la 3ème place contre la France, le sélectionneur ayant donné la préférence à un remplaçant. « Si j’avais joué, la France n’aurait pas été 3ème », me dit-il avec un clin d’œil.

Ils sont encore 3 joueurs de l’équipe de 1954 à être en vie. Ils sont régulièrement invités par la Fédération allemande, et les joueurs actuels leur témoignent toujours des marques de respect.

Horst Eckel a arrêté sa carrière professionnelle après la Coupe du monde 1958. Il avait une famille à faire vivre et il a accepté un travail de mécanicien… qui payait mieux que celui de footballeur. Il deviendra enseignant par la suite.

Regrette-t-il d’avoir été footballeur à une époque où il n’y avait pas d’argent dans le football ? Non, il a été heureux et il l’est encore. Et à le voir, on est sûr que c’est vrai.