ANALYSES

La course à la lune

Tribune
24 octobre 2008
Aussi peut-on dire que les trois programmes asiatiques convergent sur des démonstrations de savoir-faire tout autant que sur des affirmations de puissance.

Le programme indien a d’abord et surtout été un programme civil destiné à des fins pratiques (analyse des ressources naturelles et communications) plutôt qu’à des missions militaires ou de prestige. Après des coopérations chaotiques avec l’URSS, le développement du lanceur national, le PSLV, fut particulièrement laborieux. Aujourd’hui, l’Inde est presque autosuffisante et vend quelques lancements.

Les lanceurs chinois, quant à eux, ont longtemps été dérivés d’un programme de missiles balistiques à charge nucléaire qui a bénéficié d’un très haut niveau de priorité après la brouille sino-soviétique de 1960. En 1970, c’est un missile militaire modifié qui mettait en orbite le premier satellite chinois. Depuis, la Chine a continué de développer des armes intercontinentales, mais aussi des lanceurs de satellites (surtout militaires), et a même essayé de prendre une place comme fournisseur de lancements commerciaux à très bas prix.

Quant au Japon, il s’est aussi lancé dans l’aventure spatiale dans les années 60, avec une première série de lanceurs dont les caractéristiques (carburants solides) évoquaient plus un programme militaire déguisé qu’un programme civil. Toutefois, les satellites lancés (le premier le fut deux mois avant le premier satellite chinois) étaient ostensiblement des expérimentations scientifiques et les programmes actuels sont toujours très directement destinés à des applications civiles.

La course à la Lune dans laquelle viennent de se lancer les trois puissances asiatiques est donc à replacer dans le contexte d’une compétition à laquelle ils se livrent, autant pour des raisons économiques que pour des raisons de prestige. Chacun développe un lanceur commercial conçu pour mettre en orbite des satellites de communications modernes et la concurrence sera rude. Une mission réussie vers la Lune est, à destination des clients potentiels, une bonne démonstration de savoir-faire et de fiabilité. Si aujourd’hui la Chine dispose d’une légère avance en matière de capacités de lancements, les concurrents indiens et japonais sont très proches. En tout état de cause, il n’est pas sûr qu’il y ait de la place pour trois nouveaux acteurs sur les marchés internationaux.

La mission Chandrayaan-1 est la dernière étape en date de la relance de la course à l’espace, en particulier avec des vols habités en direction de la Lune. Scientifiquement parlant, celle-ci est une base de départ pour des destinations plus lointaines. Mais il y a aussi - surtout ? - une question de prestige et de démonstration de puissance. Les Etats-Unis et la Chine se sont déclarés presque simultanément. L’Inde et le Japon sont restés plus discrets, mais ces deux pays ont fini par annoncer leur volonté de poser un homme sur notre satellite en 2020, soit avant la date envisagée par la Chine. Et si celle-ci vient de faire la démonstration de ses capacités à envoyer un homme dans l’espace, elle est demeurée tributaire d’une aide russe au niveau du module orbital, étape dont veulent, et peuvent sans doute, s’affranchir ses deux concurrents asiatiques.