ANALYSES

La réunion du G20 loin d’un nouveau Bretton Woods

Tribune
24 novembre 2008
Un nouveau Bretton Woods financier et monétaire s’impose (De Boissieu, Lorenzi dans le Monde , octobre et novembre 2008). Il devrait répondre à la constitution d’un monde multipolaire permettant aux puissances émergentes, mais également aux pays moins avancés, de trouver place dans la nouvelle architecture internationale. Bien entendu le contexte actuel n’est pas celui de la Conférence de Bretton Woods qui s’est achevée en juillet 1944 alors que la seconde guerre mondiale n’était pas terminée. Les grandes puissances anglo-saxonnes contrôlaient l’architecture internationale. Les enjeux étaient de reconstruction et monétaires. Le dollar avait été pris comme étalon.

Aujourd’hui, les priorités sont celles de la régulation du capitalisme financier, des changements de critères de décision dans les nstitutions de Bretton Woods et de gendarme appliquant les mêmes règles pour tous les pays. Les puissances émergentes et les pays pauvres doivent avoir voix au chapitre. Les déficits, excédents structurels des paiements courants, doivent être fortement réduits par des accords portant sur les taux de change des grandes monnaies qu’il s’agisse du dollar, de l’euro, du yen et du yuan. L’économie de casino doit faire face à une économie productive. Des codes de conduite sont nécessaires pour les fonds souverains et le contrôle des paradis fiscaux. Le FMI doit disposer d'un pouvoir accru et à défaut d'un transfert de souveraineté pour cogérer les crises bancaires et financières systémiques en liaison avec les banques centrales et les gouvernements.


Les réunions du G20 à Washington, du 15 novembre 2008, ont souligné la nécessité de produire des normes communes, de coordonner les politiques nationales et d’avoir des jeux coopératifs pour relancer de manière concertée l’économie. Elles ont mis l’accent sur les aspects techniques monétaires et financiers (transparence, règles prudentielles, convergence des normes comptables et modification du mark to market , amélioration des agences de notation et meilleure évaluation des risques...). L'accent a été mis sur les risques du protectionnisme. Elles ont fixé un calendrier avec notamment l’échéance du 31 mars 2009. Elles ont prévu plus de cohérence entre le FMI (185 pays membres) et le Forum de stabilité financière (pays industriels).

Mais elles ne sont pas à la hauteur d’un nouveau Bretton Woods indispensable. La disjonction demeure entre les régulations restant du ressort des Etats et des grandes puissances et la mondialisation du capitalisme. Dans le domaine monétaire le FMI n’est pas le supergendarme nécessaire dont les règles s’appliqueraient à tous. Celui-ci demeure lié aux décisions du G7. Aucune action n’est prise vis-à-vis des paradis fiscaux dénommés en langage diplomatique « juridictions non transparentes et non coopératives » (représentant 10.000 milliards$), et de leurs liens avec les multinationales. Les changements des règles de décision au sein des institutions de Bretton Woods (quote-part au FMI, capital à la Banque mondiale) n’ont pas été traités. On peut seulement parler d’un léger infléchissement vers le multilatéralisme et les jeux coopératifs. Or, rien n’est possible sans un changement de politique des pays du G7 mais rien ne dit que malgré l’élection de Barack Obama ceux-ci accepteront de redéfinir l’architecture internationale.

En définitive, le capitalisme financier peut-il être régulé? Celui-ci n'est il pas pris dans une dynamique que seuls les conflits permettent de résoudre. Hayek et Friedman ne sont plus de mise mais les débats entre Marx, Schumpeter et Keynes demeurent plus que jamais d'actualité quant aux réponses à cette question.