ANALYSES

Quelques enseignements des élections municipales israéliennes

Tribune
18 novembre 2008
Primauté des enjeux locaux
Ces scrutins sont, comme c'est d'ailleurs le cas dans de nombreuses élections locales en Europe, à observer à l'aune d'enjeux avant tout locaux : le logement, les transports, la sécurité, l'image de l'équipe municipale sortante...
L'affiliation à un parti politique national n'est pas le facteur principal est les questions de politique étrangère ne sont pas primordiales. Cela étant, les résultats des deux « villes capitales » du pays ( Tel-Aviv est reconnue par la communauté internationale comme l'actuelle capitale du pays et accueille toutes les ambassades étrangères, Jérusalem est le siège du gouvernement israélien et seul un accord israélo-palestinien sur le partage de la ville sainte permettra de trouver une solution à cet état de fait ) apportent des enseignements utiles à la compréhension des récentes évolutions de la société israélienne.

Victoire laïque à Jérusalem, bon score d'un outsider à Tel Aviv
A Jérusalem, la défaite du candidat religieux, Meir Porush , est une surprise. Ces dernières années, la ville s'est progressivement vidée de ses habitants laïcs, laissant penser que les partis religieux, au pouvoir depuis 2003, étaient en train de gagner « l'autre conflit », pour reprendre l'expression du journaliste israélien Marius Schattner, sur l'identité d'un État qui se veut à la fois « juif et démocratique ». C'est le laïc Nir Barkat qui l'a emporté, profitant des divisions au sein du monde religieux. Le grand perdant est l'homme d'affaire russo-israélien Arcadi Gaydamak, qui recueille moins de 4% des voix. Connu en France pour son implication dans le scandale de l'Angolagate, il n'a pas lésiné dans les initiatives en tout genre pour attirer des votes sur son nom. Propriétaire du club de football Betar Jerusalem, il s'est rendu célèbre grâce à ses diatribes populistes contre la classe politique israélienne. Il a aussi tenté un rapprochement avec les Palestiniens de la partie orientale de la ville, annexée depuis 1967 par Israël à la suite de la guerre des six jours. Peine perdue, les habitant arabes de Jérusalem ont une fois de plus largement boycotté le scrutin, prouvant une fois de plus que la ville dite « réunifiée » selon le discours des autorités israéliennes est un point de fixation permanent du conflit israélo-palestinien.

A Tel-Aviv, le sortant Ron Huldai, proche du Parti Travailliste, a été réélu. Il a pourtant du faire face au succès inattendu d'un candidat dont l'affiliation politique nationale n'est pas anodine. En effet son concurrent le plus sérieux, Dov Khenin, qui a rassemblé un peu plus d'un tiers des voix ( 34%), est un député du Hadash, un mouvement politique judéo-arabe héritier du Parti Communiste israélien. Il s'était opposé à l'escalade militaire lors de la guerre du Liban de l'été 2006 entre le Hezbollah et Israël et a été l'avocat de certains refuzniks, des soldats israéliens refusant de servir dans les territoires occupés palestiniens. Bien que son bon score s'explique surtout par sa forte implication sur les problématiques sociales et environnementales, son discours politique en opposition avec les grands partis de la droite et de gauche ne l'ont pas empêché de forcer le sortant à faire campagne. Reste à savoir si le bon score de Dov Khenin augure d'une recomposition de la gauche israélienne, alors que les initiatives pour créer une nouvelle formation pour remplacer un parti travailliste , épuisé et sans repère, se multiplient.

La perspective de voir une femme, Tsipi Livni, devenir Premier Ministre dans les mois à venir, tendrait à confirmer la place croissante qu'occupent des femmes dans le jeu politique israélien. Hélas, les élections municipales ont été une douche froide pour de nombreuses militantes féministes : les femmes ne constituent que 2 % des maires élus...