ANALYSES

« Daech a été défait en Syrie mais pas éliminé »

Presse
24 mars 2019
À quoi ressemble l’ultime bastion de Daech, repris hier ?

Baghouz est une petite bourgade, sans importance stratégique, dans l’est de la Syrie, à la frontière avec l’Irak. Les derniers combattants de Daech s’y étaient réfugiés. Ils ont subi de lourdes pertes. Il en restait peut-être un millier. En2017, le groupe État islamique avait été chassé d’Irak. Avec la perte de Baghouz, en Syrie, il n’a plus de base territoriale.

Qui sont les vainqueurs de Baghouz ?

Les combats au sol ont été menés par les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurdes. On peut estimer que 5000 combattants ont été engagés. Les FDS avaient déjà repris Raqa, l’ex-«capitale» de Daech en Syrie.

Où sont basées les FDS ?

Au nord-nord-ouest de la Syrie. Elles y contrôlent une zone semi-autonome à la frontière avec la Turquie. Mais leur emprise territoriale est fragile, notamment en raison de la pression turque. Les Forces démocratiques syriennes sont dirigées par le Parti de l’Union démocratique (PYD), c’est-à-dire la branche syrienne du parti kurde de Turquie PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Les autorités turques le qualifient de « terroriste ».

Qui soutient les FDS ?

Elles sont aidées sur les plans financier, logistique et militaire par une coalition sous l’égide américaine.

La France en fait-elle partie ?

Oui. Elle mobilise des forces navales et aériennes. Et au sol, les forces spéciales encadrent les FDS.

Daech reste-t-il une menace ?

Oui. Baghouz est une victoire importante, mais pas définitive. Daech a été défait mais pas éliminé. Une partie des combattants sont entrés dans la clandestinité. Des cellules dormantes existent. Une bête blessée est dangereuse. Les combattants de l’EI vont peut-être accentuer leurs opérations terroristes dans les pays du Moyen-Orient et occidentaux. Ne baissons pas la garde. Ce serait la pire des erreurs. On n’en a pas fini avec Daech car les causes qui l’ont créé n’ont pas été réglées.

Quelles causes ?

Beaucoup de sunnites d’Irak et de Syrie considèrent qu’ils sont traités comme des citoyens de seconde zone, sur les plans politique, social et économique. En Irak, ils réclament une égalité de traitement avec la majorité chiite. En Syrie, les sunnites, majoritaires en nombre, se sentent maltraités par les alaouites, qui représentent 12 % de la population. C’est la religion du président syrien Bachar al-Assad.

Que faire ?

Tant qu’il n’y aura pas de gouvernement inclusif en Irak et en Syrie, il y aura ce sentiment de frustration parmi les sunnites. C’est parmi les plus radicalisés que Daech recrute ses militants.

En attendant, quelle est la situation en Irak et en Syrie ?

L’Irak est souverain sur l’ensemble de son territoire. Une zone autonome kurde est implantée au nord-est, dans le cadre de l’État fédéral irakien.

De son côté, le gouvernement syrien ne contrôle toujours pas la totalité de son territoire. La région d’Idlib, dans le Nord-Ouest, se trouve entre les mains d’un autre groupe djihadiste, qui émane d’Al-Qaïda. L’État syrien veut le reconquérir. C’est là que se dérouleront sans doute les prochains affrontements. Les derniers, espérons-le.

Propos recueillis par Jacques Sayagh.

 
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