ANALYSES

Sommet États-Unis/Corée du Nord : que doit-on en attendre ?

Interview
27 février 2019
Le point de vue de Barthélémy Courmont


Faisant suite au premier sommet à Singapour en juin 2018, le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un se retrouvent mercredi 27 et jeudi 28 février à Hanoï, espérant avant tout afficher un succès diplomatique. Quels sont les objectifs des deux parties ? Pourquoi ce second sommet est-il localisé à Hanoï au Vietnam ? Plus globalement, Donald Trump a-t-il une stratégie pour l’Asie ? Le point de vue de Barthélemy Courmont, directeur de recherche à l’IRIS.

Quels sont les objectifs américains et nord-coréens de cette rencontre des 27 et 28 février ? Est-elle déterminante pour la dénucléarisation de la Corée du Nord ?

Tout dépendra du succès de cette rencontre, y compris les objectifs, ce qui peut sembler paradoxal. La rencontre de Singapour fut un beau symbole, mais n’apporta rien de concret, au point que de nombreux rapports aux États-Unis ont depuis alerté sur un risque de désillusion, d’autant que Pyongyang n’a pas encore apporté les nécessaires garanties sur la dénucléarisation. Il y a d’un côté les objectifs politiques connus (Trump veut un succès diplomatique et Kim Jong-un une reconnaissance de facto de son régime), et de l’autre un flou sur les objectifs concrets. Dès lors, soit cette rencontre se solde par une nouvelle déclaration creuse, et la relation piétinera, soit les deux hommes prennent un engagement fort, en définissant un objectif précis qui pourrait être un traité de paix, et elle sera alors historique. La Corée du Sud essaye d’ailleurs de pousser dans cette direction. En revanche, il serait naïf de considérer que la Corée du Nord acceptera de renoncer définitivement à ses capacités nucléaires, le chemin reste sur ce point encore très long. En clair, il y a lieu de se réjouir de cette nouvelle rencontre qui accompagne celle de Singapour, mais il convient de rester prudent.

C’est le Vietnam qui accueille cette rencontre Kim/Trump. Le régime de Hanoï a-t-il un rôle à jouer ?

Le Vietnam s’est, depuis l’administration Obama, considérablement rapproché des États-Unis, au point d’être devenu le partenaire le plus fiable de Washington en Asie du Sud-Est aujourd’hui. Joli retour de l’histoire. Cela s’explique par les craintes que suscite la montée en puissance chinoise et la recherche de nouveaux alliés. Hanoï a tout de suite offert ses services pour cette rencontre, qui lui permet de s’imposer au sein de l’ASEAN comme un acteur qui compte. Le fait que le Vietnam soit un régime communiste lui permet par ailleurs de se positionner comme arbitre, mais c’est clairement pour faire de l’ombre à Pékin que Hanoï souhaite jouer un rôle de facilitateur de dialogue.

Alors que Donald Trump avait choisi d’abandonner la poursuite de la politique étrangère américaine dite du « pivot asiatique » mise en place par Barack Obama, le président américain semble néanmoins tisser des liens de plus en plus étroits avec plusieurs pays asiatiques. Quelle est sa stratégie ?

C’est d’abord une stratégie, dans le cas nord-coréen, basée sur un mensonge. Quand Donald Trump affirme, comme il le dit depuis plusieurs semaines, que Barack Obama envisageait de frapper la Corée du Nord, et qu’il serait donc pour sa part un faiseur de paix, il ment. Aucun président américain n’a pu envisager une campagne militaire contre la Corée du Nord, en particulier depuis que celle-ci a procédé à son premier essai nucléaire, en octobre 2006. Le reste n’est que de la gesticulation à des fins de politique intérieure. C’est ensuite une stratégie qui se cherche encore. Trump commence son mandat en se retirant du Traité transpacifique et en dénonçant la stratégie du pivot, avant d’en reprendre le principe. Les États-Unis ne peuvent plus aujourd’hui se soustraire à un engagement en Asie, prisonniers qu’ils sont d’une relation avec la Chine de plus en plus problématique. En ce sens, il y a une continuité entre la politique d’Obama et celle de Trump, même si le ton a, on le sait, bien changé.
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