ANALYSES

Discours sur l’état de l’Union : comment Trump transcende les clivages traditionnels

Presse
6 février 2019
Interview de Jean-Eric Branaa - Figaro Vox
À l'occasion de son discours sur l'état de l'Union, Donald Trump s'est montré solennel et rassembleur. Etait-ce le but l'exercice ?

Absolument. Le but du discours sur l'état de l'Union est justement d'être rassembleur, et de présenter l'état de l'Union au moment où est prononcé le discours, autant en ce qui concerne la politique passée que les projets à venir dans l'année qui s'annonce. L‘objectif est aussi de rassembler l'ensemble des forces vives de la nation autour de ce projet pour contrer les divisions. Ce qui était exactement le cas puisque jamais le pays n'avait été aussi divisé, l'ambiance était d'ailleurs électrique quand Donald Trump est entré dans la Chambre des représentants, mais dès le début de son discours il a parlé d'unité et de grandeur: les deux mots qui ont marqué le début de ce discours.

Quelles ont été les différentes thématiques abordées dans ce discours?

Il y eut cinq grands pôles dans ce discours: d'abord celui, précisément, de l'unité et la grandeur, puis le bilan économique positif, ensuite la sécurité nationale et l'immigration avec la question du «mur», les propositions pour l'avenir, et enfin la politique internationale, qui devient minimaliste en termes de dépense, car les États-Unis ne doivent, selon Trump, plus être empêtrés dans des guerres sans fin, dans lesquelles le pays n'a rien à faire.

Est-ce, donc, un tournant isolationniste?

C'est plus que cela, c'est aussi une main tendue à l'électorat démocrate de Barack Obama qui envisageait la même politique. Pour s'en convaincre, on peut voir ce qu'il s'est passé la semaine dernière avec le vote d'un texte contre Trump et sa politique: alors qu'une majorité de républicains sanctionnait sa politique étrangère, des candidats démocrates ont voté contre la condamnation de Donald Trump, quand bien même ils avaient une bonne occasion de l'affaiblir. Simplement, ils sont si emprunts de pacifisme, de l'idée que le pays ne doit pas être impliqué dans des conflits à l'étranger, qu'ils ont défendu la politique de Trump. Il s'agit par exemple de Bernie Sanders, Kamala Harris ou Cory Booker, qui ont tous défendu sa politique étrangère, car elle se place dans la continuité des programmes d'Obama de 2008 et 2012.

Pouvez-vous décrire les annonces formulées par Donald Trump dans ce discours ?

Il faut savoir qu'on avait déjà eu vent de ces mesures, qui étaient des propositions de campagne de Trump, qui essayait de séduire assez large. La grande mesure qu'il a répétée concerne les infrastructures, avec 1500 milliards de dollars pour réparer les États-Unis. La seconde porte sur la santé, la lutte contre le cancer des enfants, le meilleur accès au soin et le coût des hôpitaux. Une autre forte proposition avait été défendue par sa fille Ivanka Trump, elle concerne le congé maternité et paternité, qui serait payé par le gouvernement fédéral. C'est une révolution, tant les États-Unis sont le seul pays développé où il n'y a pas de congé maternité payé par l'État.

Est-ce un discours de maturité pour Trump, ou bien s'agit-il d'une posture ponctuelle ?

Si c'était un discours de maturité, cela voudrait dire que Trump effectue un virage, or déjà dans son discours de l'année dernière il y avait le même ton, les mêmes intentions. En réalité Trump annonce ce qui va arriver dans une semaine: dans ce discours il a répété que la date limite pour les négociations entre démocrates et républicains était le 15 février, avant la mise en place de l'état d'urgence. Donc unité dans les mots, mais dans les faits on sait que cela ne tiendra pas longtemps, d'ailleurs les démocrates dénonçaient eux-mêmes une unité de façade, et Chuck Schumer expliquait que «Donald Trump est rassembleur un jour et diviseur 364 jours».

On peut dire qu'il s'agissait d'un discours de campagne. Trump s'adressait aux 50 millions de téléspectateurs qui le regardaient et à ses électeurs en insistant sur sa réussite économique, que personne ne peut nier. Il a taclé au passage l'enquête Mueller et les démocrates en passant rapidement à autre chose: ne pas s'appesantir sur le sujet était un bon moyen de mettre de son côté ceux qui sont lassés par cette histoire, et qui voient qu'il est dans son rôle de président.
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