ANALYSES

Politique étrangère du nouveau président aztèque. Mexico Primero, Mexico d’abord

Tribune
29 novembre 2018


AMLO, Andrés Manuel Lopez Obrador, élu le 1er juillet dernier, prend officiellement les commandes du Mexique ce 1er décembre 2018.  Sa victoire, celle d’un nationaliste progressiste, à contre-pied d’autres résultats électoraux en Amérique latine, a suscité bien des commentaires. Grinçants à droite, oxygénants à gauche.

AMLO, va-t-il lancer le Mexique dans une diplomatie agressive à l’égard des États-Unis, comme le dénoncent ses adversaires conservateurs et comme l’espèrent certains de ceux qui ont applaudi sa victoire sur la barricade opposée ?

Les uns et les autres vont sans doute être déçus. Reflet de la contrainte diplomatique imposée par le voisin du nord, AMLO, a déjà laissé pointer le bout du nez d’une politique extérieure, plus pragmatique qu’idéologique, plus nationale que révolutionnaire.

Le cœur de son logiciel est avant tout et peut-être seulement mexicain. La quatrième révolution qu’il propose à ses concitoyens repose sur trois pères fondateurs, tous mexicains : Miguel Hidalgo qui a poussé le cri de l’indépendance en 1810. Benito Juarez qui a rompu les liens avec le Vatican, et libéré le pays des envahisseurs français. Federico Madero, qui, porté par une exigence de transparence démocratique a sifflé le début de la Révolution mexicaine. Souvent cité dans ses discours Lazaro Cardenas est aussi un référent important. Il est le père de l’indépendance énergétique et pétrolière.

Ces pères républicains sont intouchables. AMLO revendique leur héritage. Pour le prolonger, voire pour le rétablir dans ses vertus oubliées. Le Mexique d’AMLO n’a pas d’inspirateurs lointains. Il n’a jamais cité dans ses discours Marx ou Lénine. Pas plus que Haya de la Torre, Farabundo Marti, Sandino, Perón, Che Guevara, Fidel Castro et Hugo Chavez. Ni même Lula, Correa, Evo Morales et encore moins les figures historiques du socialisme démocratique européen. Maire de Mexico, de 2000 à 2005, il n’est pratiquement jamais sorti de sa ville. Refusant de dépenser un peso pour rencontrer ses homologues, quels qu’ils soient. Dépenses inutiles relevant du tourisme politique avait-il alors expliqué.

Seules exceptions de sa dernière campagne présidentielle, quelques visites aux Mexicains émigrés aux États-Unis, une visite à Londres à Jérémy Corbyn, travailliste national, marié à une Mexicaine, un déplacement en Amérique du Sud. Pour rencontrer deux chefs d’État représentatifs d’un progressisme modéré : Michelle Bachelet qui était encore aux commandes de son pays, le Chili. Et Lenin Moreno, le tombeur de Rafael Correa en Équateur.

Issu du PRI (parti de la Révolution institutionnelle) historique, AMLO en assume les valeurs et les principes : nationalisme, non-intervention à l’extérieur, transparence démocratique et engagement social à l’intérieur. Toutes choses qui seront rappelées dans la « Constitution morale » qu’il souhaite voir adoptée le plus rapidement possible. Défendre les valeurs mexicaines, cela veut dire en diplomatie un retour à une pratique claire de la doctrine Estrada. Genaro Estrada, secrétaire aux Affaires étrangères, avait théorisé dans les années 1930, sous le nom révélateur de « Doctrine mexicaine », la nécessité pour son pays de défendre la non-ingérence et la souveraineté. Cela a été rappelé aux députés de droite (membres du PAN, parti d’Action nationale) qui ont brandi dans l’hémicycle des pancartes demandant que le Venezuela ne soit pas invité à la prise de fonction d’AMLO. Le Mexique, leur a-t-il été dit, doit avoir des rapports convenables avec tous les États du monde, quelles que soient les orientations de leur gouvernement. Le Venezuela comme tous les États a donc été invité à cette prise de fonction.

Tout comme donc les États-Unis de Donald Trump avec lesquels AMLO a établi une relation fondée sur la « Real politique ». Qui a permis contre toute attente de fabriquer un compromis validant la perpétuation d’un accord économique, prenant la suite de l’ALENA.  Baptisé T-Mec à Mexico et USMCA à Washington. Et qui dit-on pourrait permettre de construire un nouvel accord réglant la question épineuse du contrôle des flux migratoires et de la frontière commune. La délégation nord-américaine attendue le 1er décembre 2018 à Mexico sera sans doute avec plus de 200 personnes la plus imposante.

Mexico d’abord donc. Encore faudra-t-il en convaincre le corps diplomatique. Les plus hauts titrés, mécontents des baisses de salaire, conséquence de la réduction drastique de l’indemnité présidentielle, ont choisi pour certains de tirer leur révérence et d’exiger leurs droits à la retraite.
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