ANALYSES

Washington réorganise son financement pour le développement

Tribune
29 octobre 2018


Le 5 octobre, le Président Trump a signé un projet de loi, le "Better Utilization of Investments Leading to Development (BUILD) Act”, qui va opérer des changements importants pour le financement américain des projets de développement.  Une nouvelle structure a été créée, l'US International Development Finance Corporation (USIDFC).  Cet organisme du gouvernement américain pourrait dépenser jusqu’à 60 milliards de dollars en appui à des investissements privés dans les pays en voie de développement.

L’annonce de cette réforme a été accueillie avec enthousiasme à Washington.  Ceci pour des raisons purement techniques, mais aussi pour des raisons hautement politiques.

En premier lieu, les analystes ont longtemps estimé que l’assistance américaine dans ce domaine avait besoin d’être repensée.  Depuis 1971, le Overseas Private Investment Corporation (OPIC), une agence de l’État américain, accordait des prêts et des assurances risques politiques à des investisseurs privés pour des projets en Europe, Afrique, Asie et Amérique latine.  Mais les règles qui gouvernaient l’OPIC limitaient sa flexibilité et le fonds était considéré comme étant sous-capitalisé au vu des besoins.  De plus, il y avait plusieurs entités du gouvernement américain qui travaillaient déjà dans le même domaine, notamment l’USAID avec son Development Credit Authority, mais leurs activités n’étaient pas toujours bien coordonnées.

La nouvelle agence aura plus d’argent et moins de contraintes.  Son budget représente une nette augmentation sur le financement de l’OPIC.  Les activités du gouvernement dans ce domaine ont été rationalisées, avec une seule agence au lieu de plusieurs.  L’USIDFC pourra désormais investir directement dans des projets, contrairement à l’OPIC qui pouvait seulement inciter des acteurs privés à le faire.  Le président de l’OPIC, entre autres, considère ces changements bienvenus. « Cela représente une nouvelle ère pour le financement du développement », a-t-il dit, « avec plus d’outils et plus de flexibilité nous aurons plus d’impact. »

Cette réforme tombait à pic, disaient aussi les observateurs, parce que les États-Unis avaient de plus en plus de mal à concurrencer l’assistance chinoise, notamment en Afrique. En votant, de façon bi-partisane, pour le Build Act, le Congrès visait directement les Chinois. Le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, Ed Royce, a été très clair à ce sujet au moment du vote pour le Build Act : « La Chine et d’autres régimes autoritaires profitent des pays en voie de développement. Leurs programmes de financement pour le développement, comme l’Initiative de la ceinture et la route, endettent lourdement ces pays et sont incompatibles avec nos valeurs démocratiques. »

À Washington, on a été plutôt rassuré par le Build Act pour une autre raison.  Depuis son investiture, le Président Trump a exprimé de sérieux doutes sur l’importance et l’efficacité de la coopération internationale.  Il a essayé à plusieurs reprises de réduire les budgets des agences de développement, et c’était uniquement l’opposition des républicains au Congrès qui a empêché des coupes draconiennes. Il a également proposé lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies, le mois dernier, de limiter l’assistance américaine à des pays “amis”. Une approche qui pourrait sévèrement limiter les efforts de lutte contre les Chinois et qui est fortement contestée même au sein de l’administration.  Dans un tel contexte, c’était avec soulagement que l’on a appris que l’administration Trump avait finalement décidé d’augmenter les fonds pour le développement.

En somme, le USIDFC aidera le gouvernement des États-Unis à accroître son influence et promouvoir un développement à l’américaine.  Mais, ce n’est pas non plus une panacée. De par sa nature, le USIDFC aura un peu de mal à devancer l’assistance chinoise très appréciée par les gouvernements des pays en voie de développement. A priori, le USIDFC soutiendra des investissements privés, et de surcroit avec des attaches américaines. Ce financement, donc, ira là où le marché trouvera le plus d’intérêts, et pas forcément en suivant les priorités des pays hôtes. Et dans bon nombre de pays, notamment en Afrique, l’investissement américain se fait assez rare, excepté dans l’extraction des matières premières.
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