ANALYSES

À l’aube de la Coupe du monde de football féminine, le sport et son pouvoir émancipateur

Tribune
19 juillet 2018


Le 21e mondial, organisé en Russie du 14 juin au 15 juillet se sera donc terminé de la plus admirable des façons pour l’équipe de France masculine de football. Cette victoire finale contre la Croatie, au-delà de l’exploit sportif et de l’engouement national qu’elle a pu susciter, est importante à plusieurs égards.

En effet, au-delà de la victoire de ces 23 joueurs et du staff technique et médical, cette deuxième étoile représente également la réussite du système de formation, de détection, du travail de qualité des entraîneurs, formateurs, animateurs, bénévoles, femmes et hommes de l’ombre, qui ont eu un effort de tous les instants pour permettre à ce groupe d’être dans les meilleures conditions pour décrocher cette deuxième étoile, et à d’autres d’être performant. Forte de ces cinq finales en compétitions internationales (dont trois en Coupe du monde) sur ces 20 dernières années, la France confirme la qualité de sa formation qui doit donc désormais continuer de profiter aux jeunes footballeurs et footballeuses. Contrairement au Brésil, à l’Angleterre ou encore à l’Italie, la France n’est pas, encore, une nation de football. Cette deuxième étoile sur le maillot va sans aucun doute participer à le devenir, et à aider à considérer le football et le sport en général, peu importe ses pratiquants, comme un sujet de société.

Car si, avec cette victoire, se ferme la parenthèse dorée de la Coupe du monde masculine de football de 2018, il s’en ouvre une nouvelle avec la Coupe du monde féminine, organisée en France, du 7 juin au 7 juillet 2019. Cette huitième édition permettra de mettre à l’honneur 24 équipes nationales, dans 9 villes françaises. Au-delà de l’évènement purement sportif, cette compétition sera l’occasion de mettre en avant le football féminin, trop peu médiatisé et valorisé, en dépit d’efforts récents de la part des différents protagonistes (journalistes, politiques, centres de recherche).

À cette occasion, l’UNESCO, l’UNFP et l’IRIS publieront un rapport portant sur le développement et la promotion du football féminin dans le monde. Parce que le football, et le sport de façon générale sont des vecteurs d’émancipation qu’ils soient pratiqués par des hommes comme par des femmes. Il est ainsi important de réfléchir à son développement. Il n’est ici pas question d’une simple démarche numérique, qui viserait à accroître les chiffres des licencié(e)s, mais bien au contraire, d’identifier les freins qui subsistent encore au sein de différents pays, afin de proposer des axes d’amélioration issus des bonnes pratiques éprouvées par des fédérations, des associations ou encore la société civile. Pour être complète, cette réflexion devra être menée au-delà des terrains et évidemment questionner la place des femmes dans le football au sens large, passant par les arbitres, les dirigeantes, les anciennes joueuses, mais également les médias. Comme l’ont démontré depuis longtemps les athlètes, les handballeuses, les volleyeuses ou plus récemment, les rugbywomen, le sport ne se conjugue plus seulement au masculin. Et c’est tant mieux.

Alors que le mythe de l’apolitisme du sport est toujours aussi répandu et continue d’être défendu par certains, il semble essentiel au contraire de comprendre à quel point le sport de masse, comme de haut niveau, par l’importance de sa place dans notre société, est éminemment politique et doit donc, plus que jamais, être l’objet de politiques publiques.

Bien qu’il puisse refléter la société dans laquelle nous vivons, le sport apparait plus comme un miroir déformant, accentuant certains traits à l’extrême, mais le sport, et le football a fortiori peuvent être utiles pour mesurer certains progrès, mais surtout constater de flagrants retards ; le cas du football féminin est un criant exemple. Le reconnaître serait donc donner au sport une place centrale, en matière d’éducation, de santé, d’inclusion sociale, de lutte contre les discriminations. L’accueil de grandes compétitions sportives (Euro féminin de handball, Coupe du monde féminine de football, Ryder Cup, Coupe du monde masculine de rugby, Jeux olympiques et paralympiques pour ne citer qu’eux) sont autant d’occasions que l’on doit saisir afin de faire bouger les lignes et montrer que le sport a un réel rôle sociétal à avoir.

Il ne s’agit pas, en aucun cas, de donner au football et au sport de façon générale, un rôle, une place, un pouvoir qui le dépasse, et de le propulser comme solution à tous les maux. Il s’agit plutôt de voir la prochaine Coupe du monde féminine de football comme une formidable opportunité de promouvoir le sport au féminin, un levier pour l’émancipation des femmes dans la société. L’enjeu est de taille, raison de plus pour ne pas rater ce rendez-vous.
Sur la même thématique
Paris 2024 : un an après, où en est-on ?