ANALYSES

« Le Qatar ne peut que continuer avec le PSG »

Presse
29 juin 2018
Comment êtes-vous parvenu à convaincre les éditeurs que le football et les relations internationales étaient étroitement liés ?

Alors au départ je ne les ai pas convaincus puisque en 1997 quand j’ai fait cette proposition de faire un livre sur le sujet, deux éditeurs et deux essayeurs que j’avais contactés m’ont refusé en disant qu’il n’y avait pas de liens. Ensuite j’ai organisé un Colloque qui a eu un certain succès et j’ai continué à creuser cette piste et puis disons que les faits m’ont donné raison parce que de plus en plus, on le voit y compris dans l’actualité immédiate, mais déjà au début du 21ème siècle que la visibilité du football on en avait fait un instrument de soft power, de puissance douce et que par exemple après le Mondial 1998, le rayonnement de l’équipe de France de football avait un impact sur le rayonnement de la France en tant que tel. Et aujourd’hui c’est de plus en plus évident, maintenant plus personne ne nie cela et il y a de nombreuses personnes qui travaillent désormais sur ce sujet ou qui le reconnaissent, donc le fait que le football puisse avoir des conséquences ou des interactions géopolitiques fait partie maintenant des choses qui sont devenues banales à dire, alors que c’était quelque chose qui était considéré comme une hérésie scientifique il y a 21 ans.

Dans quelle mesure joue le PSG un rôle pour le Qatar en tant que soft power selon vous ?

On peut faire juste une démonstration très simple : qui connaissait le Qatar avant 2011 ? En France, seuls les spécialistes de la géopolitique du Golfe Arabo-Persique et les spécialistes du gaz. Qui connaît le Qatar aujourd’hui ? Tout le monde. Donc l’achat du PSG pour un prix que l’on peut estimer raisonnable, par rapport au budget du Qatar ou par rapport à son budget de défense par exemple a fait qu’aujourd’hui le Qatar est un point sur la carte. En 1995, le père de l’actuel émir qui était à l’époque déjà le prince héritier, était venu en Angleterre et à la douane le douanier lui avait demandé où se situait le Qatar. Aujourd’hui, plus personne, entre l’attribution de la coupe du monde 2022 et l’achat du PSG,qui est devenu une marque mondiale avec la Tour Eiffel sur le maillot, n’ignore où est le Qatar.

Que pensez-vous notamment de l’arrivée d’un joueur mondialement reconnu comme Neymar et cela a-t-il eu un impact diplomatique pour le Qatar ?

Bien évidemment, parce qu’au moment où le Qatar subissait le blocus de la part de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis, le fait d’investir et de rendre encore plus visible le PSG était une façon de répondre de façon douce à un acte brutal. Lorsque j’étais en vacances au Pérou lors du premier match de la saison entre Guingamp et le Paris-Saint-Germain, je n’ai eu aucun mal à suivre le match alors que l’an d’avant je n’aurais pas pu voir le PSG. Donc Neymar est l’un des trois joueurs de football les plus connus au monde et donc son arrivée au PSG a nécessairement suscité des commentaires bien sûr en France, bien sûr au Brésil, bien sûr en Espagne mais en fait dans le monde entier et quelque part si on devait prendre un exemple de la mondialisation du football, c’est l’exemple type : un fonds souverain d’un pays du Golfe achète un club français, le PSG, qui a quand même la particularité d’avoir la Tour Eiffel sur le maillot, donc là aussi élément mondialement connu. Faire venir une star brésilienne en grande partie permet de conquérir les marchés asiatiques puisque Neymar est très connu sur les marchés asiatiques, qui sont des marchés émergents en termes de football. Donc là on a un résumé de la mondialisation par le football.

Pensez-vous que le football est l’unique moyen pour le Qatar d’imposer son leadership dans le monde sunnite ?

Non, bien sûr, Al Jazeera joue aussi un rôle important, la Qatar Foundation par le biais de l’éducation également. Mais disons que le PSG est un atout maître qui n’est pas le seul mais c’est un atout extrêmement important.

Récemment la croissance du Qatar est revenue à la normale à 3%, l’effet embargo imposé par ses pays voisins depuis un an n’ayant eu qu’un effet transitoire. Pourquoi l’Arabie Saoudite ne décide-t-elle pas d’acquérir un club de football afin de contrer les velléités de grandeur du Qatar ?

Alors ça ce sont les Emirats Arabes Unis qui l’ont fait avec Manchester City, sur une décision plus personnelle d’un membre de la famille qu’une décision étatique. Forcément pour les Saoudiens qui sont quand même un pays moins ouvert que le Qatar, les deux sont des pays sunnites ou wahhabites mais le Qatar est quand même plus souple, plus ouvert, plus moderne et donc il y a certainement dans le football des choses qui en termes de consommation peuvent déplaire aux Saoudiens mais peut-être qu’ils vont le faire. En tous les cas, là on voit bien que les Saoudiens sont quand même très énervés sur le fait que le Qatar ait obtenu l’organisation de la Coupe du monde 2022 et font à peu près tout pour l’en empêcher, pour essayer que cela n’ait pas lieu.

Ne pensez-vous pas justement que le soft power n’ait pas déjà été atteint par le Qatar ?

Oui, mais le soft power il se travaille tous les jours, comme la puissance d’ailleurs. C’est quelque chose qui doit à la fois se renouveler parce que si vous ne le renouvelez pas, il disparaît. Donc effectivement le soft power ce n’est pas uniquement la notoriété à un moment donné, c’est l’image positive à tout moment. Et une fois que vous l’avez atteint, la grande peur que vous devez avoir c’est de le perdre, et donc il faut le maintenir, le préserver, le continuer et le faire grossir.

Donc pour vous, on peut véritablement avoir une vision sur le long terme ou non ?

Oui, parce que c’est une décision étatique. Moi, j’ai toujours fait une différence entre l’investissement de Rybolovlev à Monaco et l’investissement du Qatar au PSG. Rybolovlev c’est une décision individuelle, d’une personne, qui peut changer d’avis s’il divorce, si ça ne lui plait pas. Là pour le Qatar c’est une décision étatique et de toute façon jusqu’à 2022 bien sûr il n’y aura pas de remise en cause. Et en plus une fois encore, même si cela a des coûts importants, en termes de publicité, en termes de notoriété, c’est des coûts extrêmement faibles pour un pays comme le Qatar. Donc le fait de partir serait par ailleurs considéré comme un échec, et comme quelque chose de négatif. Donc le Qatar ne peut que continuer. Quand vous voyez par un exemple qu’un pays comme le Rwanda qui a des problèmes d’images aussi, va investir pour être présent sur le maillot d’Arsenal, on voit que la diplomatie sportive a des beaux jours devant elle.

Passons désormais à l’actualité footballistique avec la coupe du monde en Russie. Pensez-vous que la France ait des chances de remporter le Mondial ou ce groupe est-il encore trop jeune et pas suffisamment mature ?

Non, enfin oui, la France a autant de chances de gagner le Mondial que de disparaître samedi. Donc c’est toute la beauté du football, c’est qu’il y a aucune garantie, aucune certitude, ni négative, ni positive et donc seul le terrain est la vérité du jour, délivrera sa fonction.

Oui, parce que c’est une décision étatique. Moi, j’ai toujours fait une différence entre l’investissement de Rybolovlev à Monaco et l’investissement du Qatar au PSG. Rybolovlev c’est une décision individuelle, d’une personne, qui peut changer d’avis s’il divorce, si ça ne lui plait pas. Là pour le Qatar c’est une décision étatique et de toute façon jusqu’à 2022 bien sûr il n’y aura pas de remise en cause. Et en plus une fois encore, même si cela a des coûts importants, en termes de publicité, en termes de notoriété, c’est des coûts extrêmement faibles pour un pays comme le Qatar. Donc le fait de partir serait par ailleurs considéré comme un échec, et comme quelque chose de négatif. Donc le Qatar ne peut que continuer. Quand vous voyez par un exemple qu’un pays comme le Rwanda qui a des problèmes d’images aussi, va investir pour être présent sur le maillot d’Arsenal, on voit que la diplomatie sportive a des beaux jours devant elle.

Passons désormais à l’actualité footballistique avec la coupe du monde en Russie. Pensez-vous que la France ait des chances de remporter le Mondial ou ce groupe est-il encore trop jeune et pas suffisamment mature ?

Bah non, enfin oui, la France a autant de chances de gagner le Mondial que de disparaître samedi. Donc c’est toute la beauté du football, c’est qu’il y a aucune garantie, aucune certitude, ni négative, ni positive et donc seul le terrain est la vérité du jour, délivrera sa fonction.

Avez-vous un pronostic pour ce France-Argentine de samedi ?

Non, étant superstitieux, concernant le football, je ne fais jamais de pronostics de peur de porter malheur à mon équipe favorite.

Quel avis avez-vous sur le nouveau prodige du Paris-Saint-Germain, Kylian Mbappé, âgé de seulement 19 ans ? Que vous inspire-t-il ?

Il a quand même fait des débuts qui ne me semblent peut-être pas fracassants mais enfin qui ont été au moins remarqués, il n’a pas disparu par rapport à la pression, par rapport à l’enjeu et on peut dire que si on fait une comparaison entre Mbappé et Dembélé, elle est largement à l’avantage de Kylian Mbappé, qui a aussi une maturité, un entourage familial solide.

Pensez-vous qu’on puisse déjà le comparer à Zinédine Zidane avec l’effet de modèle, d’idole pour les français comme lors du Mondial 1998 ?

Non, je crois qu’il faut arrêter de présenter les gens comme des successeurs de Zinédine Zidane. Pendant très longtemps c’était le successeur de Kopa, puis le successeur de Platini. Chaque génération a ses propres avantages. Si Mbappé marque deux buts en finale de la Coupe du monde, alors il rentrera dans l’histoire bien sûr. Si on est éliminé en huitièmes de finale, il faudra attendre un peu plus longtemps. Mais à 19 ans forcément l’avenir est devant lui.

Récemment les droits télévisuels de la Ligue 1 ont connu une augmentation massive, passant de 750 millions d’euros à 1,150 milliard d’euros par saison. Pensez-vous que l’attractivité du championnat français sera ainsi meilleure et permettra notamment au PSG de réellement jouer dans la cour des grands tant au niveau sportif qu’économique ?

Bien évidemment, c’est une bonne nouvelle que l’écart avec les quatre grands autres championnats européens se réduise et que du coup ça va rendre le football plus compétitif. Il y a des gens qui se plaignent qu’il y a trop d’argent mais personne n’oblige quelqu’un à payer un abonnement pour regarder les matchs. Il faut préserver un accès gratuit pour certains matchs, mais en tous les cas là le fait que l’écart se réduise avec les autres championnats européens ne fait que satisfaire les amoureux du football.

Pensez-vous que c’est une bonne chose que la Ligue des Champions ne se concentre désormais que sur les quatre championnats majeurs européens ?

Non, c’est un peu dommage effectivement que plus jamais l’Ajax Amsterdam ou l’Etoile Rouge de Belgrade puissent avoir leurs chances. Il y a effectivement une concentration sur une dizaine de clubs qui peuvent prétendre à la victoire finale et pas les autres. Cela est regrettable. En même temps, ça fait néanmoins des matchs extraordinaires à voir et pour le moment on ne remarque pas de lassitude de la part des téléspectateurs.
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