ANALYSES

À Cuba, le président n’est plus un Castro, mais le régime ne change pas

Presse
21 avril 2018
Nouveau Président, nouvelle politique ?

Miguel Diaz-Canel, c’est uniquement un changement de personne, de génération, même si ce n’est pas anodin. C’est la première fois qu’un jeune né après la révolution est Président. Au-delà, c’est quelqu’un qui a été formé et choisi par le sérail. Et qui est contrôlé par le sérail. Cuba est toujours dans un système de Parti unique où celui qui décide, c’est le chef du Parti communiste et il s’appelle toujours Raúl Castro pour trois ans.

Cuba a pourtant beaucoup changé depuis 2008 ?

En matière politique, il n’y a eu aucun changement. La cooptation de Miguel Diaz-Canel en est un exemple : il a été élu par les députés de son parti qui compose l’intégralité de l’Assemblée, il était le seul candidat et il était parrainé par le Président sortant.

En revanche, il y a eu des assouplissements concernant l’économie et les Cubains ont gagné en liberté. Depuis 2013, ils peuvent sortir de Cuba ou accéder à Internet, même s’il faut en avoir les moyens. Il y a aussi eu un assouplissement de l’économie qui favorise la petite entreprise privée : artisanat, restauration, hôtellerie à domicile… À la condition que cela ne prenne pas trop d’ampleur. Les Cubains disposent désormais de la gestion de leurs biens comme ils l’entendent et peuvent vendre leur logement, ce qui était impossible avant.

Cette nouvelle liberté de mouvement est-elle réelle ou bien encore très limitée ?

La barrière est financière maintenant. Il faut que la personne ait suffisamment d’argent pour se payer un billet d’avion. Et le voyage est aussi plus compliqué. Le début de cette liberté de mouvement a provoqué des réactions de fermeture à une possible immigration cubaine des pays voisins. Les États-Unis par exemple se sont fermés. À l’origine les Cubains qui mettaient le pied sur le sol américain avaient droit à une carte de séjour automatique, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Ce relatif assouplissement de l’économie a-t-il eu des effets bénéfiques pour la vie quotidienne des Cubains ?

Les espaces de « débrouille » sont plus grands dans la mesure où il y a un secteur privé. Mais ça reste le travail à côté, celui qui a une voiture et fait taxi, l’étudiant qui est guide touristique le soir, etc. Tout cela a donné un peu d’air aux Cubains mais certainement pas suffisamment.

L’ouverture économique va-t-elle se poursuivre ?

A priori non. Seule une dégradation rapide de l’économie cubaine pourrait accélérer les changements. Cuba était très dépendant du pétrole vénézuélien qu’il recevait à des prix inférieurs à ceux du marché. Mais le pays de Nicolás Maduro n’est plus en mesure aujourd’hui de procéder à ce genre de cadeaux.

Ça rappelle la fin de l’aide soviétique à Cuba au début des années 90, le pays avait connu une période extrêmement difficile où la population était au bord de la sous-alimentation. Moment rebaptisé « période spéciale » par les autorités cubaines.

Qu’en est-il est de la relation avec les États-Unis ?

En lien à cette difficulté prévisible côté vénézuélien, Raúl Castro a décidé de rétablir en 2014 la relation avec les États-Unis, alors que Barack Obama était à la Maison Blanche. Derrière cela, les autorités cubaines attendaient une ouverture et en particulier une expansion du tourisme américain.

Avec l’élection de Donald Trump, la fin de l’embargo américain n’est plus envisageable. Le mieux qu’ils vont espérer maintenant avec les États-Unis, c’est le maintien du statu quo et des relations diplomatiques. Essayer de préserver ce qui a été acquis à l’époque d’Obama.
Sur la même thématique
Le choc Bolsonaro. Entretien avec Christophe Ventura