ANALYSES

« En Catalogne, c’est l’impasse »

Presse
26 mars 2018
Carles Puigdemont a été arrêté en Allemagne dimanche 25 mars. Et comme l’explique le chercheur à l’IRIS sur les questions ibériques Jean-Jacques Kourliandsky pour La Croix, aucune solution politique n’est à l’ordre du jour, que ce soit à Madrid ou à Barcelone.

Quelle peut être la sortie de crise ?

Pour l’instant, il n’y en a pas. En Catalogne, c’est l’impasse. Si les Catalans n’arrivent pas à faire élire un président avant le 22 mai, de nouvelles élections seront automatiquement convoquées. Et en attendant, la Catalogne restera sous la tutelle de Madrid.
Alors que les élections se suivent et se répètent, il y a une radicalisation des électorats. Cette situation de clivage n’est pas très porteuse de solutions négociables, négociées ou de compromis sur le modèle de ce que l’on peut constater au Pays basque, où les nationalistes au gouvernement ont étalé leur revendication indépendantiste dans un horizon lointain pour se concentrer sur une accumulation de pouvoirs dans le cadre de la Constitution.

Pourquoi les Catalans ne sont-ils pas dans cette stratégie ?

C’était leur stratégie jusqu’en 2012, jusqu’à la retraite du président de Convergence et Union, Jordi Pujol qui s’est retiré pour des raisons d’âge et de poursuites judiciaires. À cette époque, la situation basque était marquée par la violence de l’ETA, et côté catalan, ils étaient dans une démarche de compromis et de négociations avec le parti au pouvoir à Madrid. Aujourd’hui, on est dans une situation inversée. Les Basques ont adopté une stratégie catalane d’avant 2012, et les Catalans dérivent vers la dynamique basque qui avait suivi la transition démocratique espagnole.

Y a-t-il un renouveau possible de la classe politique catalane ?

Du côté des indépendantistes, il y a malgré tout des débats sur les stratégies à adopter. D’un côté, la gauche républicaine (ERC) et une partie du groupe de Carles Puigdemont sont plutôt partisans de revenir à la stratégie d’avant 2012, c’est-à-dire rester indépendantiste tout en mettant de côté cette revendication, en vue de récupérer le pouvoir tel qu’il existe dans le cadre de la Constitution espagnole. En face, le reste du parti de Puigdemont, plus les anticapitalistes durs de la Cup veulent faire élire à tout prix Carles Puigdemont ou l’un des responsables indépendantistes incarcérés. Ce qui aurait pour conséquence de perpétuer la présence de l’État comme responsable principal du pouvoir en Catalogne jusqu’à l’élection.

Madrid a-t-il intérêt à continuer à administrer la Catalogne ?

Le gouvernement espagnol s’est trouvé piégé par son refus non avoué d’ouvrir le dialogue avec la partie catalane indépendantiste. La loi et la constitution, comme le statut de la Catalogne ayant été violés, naturellement le processus de judiciarisation a produit ses effets.

Le Parti populaire (PP) a longtemps considéré que c’était rentable électoralement, les Catalans étant assez peu populaires dans le reste du pays. Le problème, c’est que la machine s’est enrayée au moment où l’impasse catalane a généré, en Catalogne, l’émergence d’un parti qui revendique son hispanité, Ciudadanos qui, aujourd’hui présent dans toute l’Espagne, serait sur le point de passer devant le parti populaire. Il y a au sein du PP des débats pour demander des comptes à Mariano Rajoy pour avoir placé le parti dans cette situation électorale de plus en plus inconfortable.

Une solution à la crise catalane est-elle possible ?

Cela semble difficile avec les responsables actuels à Madrid et en Catalogne. Y a-t-il des indépendantistes capables de générer une offre politique de type basque ? Pour l’heure, la plupart des responsables catalans sont hors jeu. Carles Puigdemont est un symbole, un drapeau agité par les plus ultras, mais dont l’image est devenue un peu ridicule. De fait, il ne fait plus l’unanimité dans son camp. Ce qui rend la sortie de crise difficile. Mais il n’y a pas de personnalité à lui opposer.

Ce qui est surprenant, c’est que la démocratie espagnole ait été incapable de résoudre un problème politique par des voix politiques. La situation dans laquelle on se trouve vient du basculement du nationalisme dans l’indépendantisme qui revient à remettre en cause les règles du jeu communes et vient du gouvernement espagnol qui a laissé pourrir la situation pour que la justice règle un problème politique.

Recueilli par Agnès Rotivel
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