ANALYSES

Xi Jinping, nouvel empereur à vie ?

Presse
26 février 2018
Le Parti communiste de Chine vient de proposer de supprimer la partie de la constitution chinoise dans laquelle il était dit que le président et le vice-président ne pouvaient pas être reconduits deux fois. Il a aussi proposé d'intégrer les "Pensées" de Xi Jinping sur le "Socialisme chinois ("with Chinese characteristics") à l'aube d'une Ere Nouvelle" à la Constitution. Ce renforcement du pouvoir personnel de Xi Jinping, aussi bien pratiquement que symboliquement est-il la preuve d'un retour à des réflexes purement communistes, celui du culte de la personnalité comme observé en Chine à l'époque de Mao ?

Il convient d’abord de noter que cette décision n’est pas une grande surprise. Le 19eme Congrès du Parti communiste chinois, qui s’est tenu à l’automne dernier, n’a pas consacré un successeur de Xi Jinping, comme c’est généralement le cas en marge du renouvellement de l’équipe dirigeante pour un second mandat de cinq ans. À cela vient s’ajouter le fait que les membres permanents du bureau politique, qui sont des proches de Xi, sont également de sa génération, soit nés entre 1950 et 1957 (Xi est de 1954).

Pas de jeune figure montante identifiée lors de ce congrès et au sommet de l’Etat, aussi l’annonce de ce qui ressemble forcément à un troisième mandat de Xi après 2022 était attendue depuis plusieurs semaines. Reste désormais à savoir les objectifs que Xi s’est fixé. Souhaite-t’il effectuer un troisième mandat, ce qui le conduirait au-delà de 70 ans, ou s’engager dans une sorte de présidence à vie? C’est à ce titre que les comparaisons avec Mao Zedong (qui n’était cependant pas président de la République populaire de manière continue) sont de mise. Attention toutefois à ne pas non plus faire d’amalgame. Xi Jinping a indiscutablement rassemblé autour de lui des pouvoirs plus grands que ses prédécesseurs, et jamais depuis le départ de Deng Xiaoping (qui n’était cependant pas président) un homme n’a semblé à ce point en position de force au sommet des institutions chinoises.

Mais faut-il nécessairement y voir un retour du culte de la personnalité comparable à celui de Mao et une volonté de s’installer au pouvoir à perpétuité? L’avenir le dira, mais plus que d’extrapoler sur la concentration, et même l’incarnation du pouvoir, cette décision pose la question de la représentation des élites politiques nées dans les années 1960, la génération « perdue » qui a subi dans sa jeunesse la révolution culturelle. Et elle apporte des éléments de réponse. Sauf accident, le prochain dirigeant chinois ne figure pas dans la liste des membres permanents du bureau politique, et n’émergera que dans le futur.

Quel rôle joue aujourd'hui le Parti Communiste dans la définition du pouvoir et des institutions dirigeantes ?

Le parti est au centre de la vie politique chinoise, mais aussi de son économie, des orientations sociétales ou encore de la politique étrangère. On parle d’Etat-parti, et même parfois de parti-Etat, pour désigner ce système fondé sur la domination du Parti communiste sur les institutions. Cela n’est pas nouveau, mais les évolutions économiques et sociales des trente dernières années soulevèrent de légitimes questions concernant l’assouplissement de ce système. À ce titre, le discours fleuve de Xi lors du 19eme congrès, à l’occasion duquel il a mentionné à de multiples reprises la consolidation du parti comme objectif de sa mandature, a apporté des réponses. Plus que jamais, Etat et parti sont étroitement liés en Chine, et ce n’est pas sous le pouvoir de Xi Jinping que cela changera.

Comment cette proposition est-elle accueillie en Chine ?

Xi Jinping est un dirigeant plutôt populaire en Chine. Le sentiment de fierté nationale retrouvé, les promesses de devenir la première puissance économique mondiale, mais aussi les résultats de la campagne anti-corruption (tentative de renouer un lien entre les dirigeants et la société, et de consolider la légitimité du pouvoir) sont les piliers de cette popularité. Aussi cette proposition ne devrait pas être mal accueillie. Il convient cependant de poser la question du type de dirigeants que les Chinois souhaitent fondamentalement, au-delà de la nature du régime et du poids des institutions. Si la limite à deux mandats présidentiels pouvait être perçue en Occident comme un progrès, certes timide mais réel, est-ce également le cas en Chine?

Tant que n’émergera pas de personnalité identifiée comme incontournable successeur de Xi, soit parce qu’il n’y en a pas, soit parce que Xi a pris soin d’écarter les rivaux, la question du départ de l’actuel président ne sera pas posée avec insistance. Rappelons enfin que la question du culte de la personnalité, qui est vue (sans doute à juste titre) comme une hérésie en Occident, n’est pas perçue de la même manière en Chine. Mao domine ainsi toujours la place Tian Anmen et son portrait l’entrée de la cité interdite, sans que personne n’y trouve à redire.
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