ANALYSES

Catalogne, une polyvalence internationale

Tribune
2 novembre 2017


Pendant plusieurs mois les autorités catalanes ont essayé d’intéresser le monde à leurs projets souverainistes. Sans grand succès. Le référendum sur l’indépendance du 1er octobre 2017 et la déclaration adoptée avec le même objet par le parlement catalan le 27 du même mois n’ont été validés par aucun gouvernement. L’impromptu bruxellois de l’ex-président de la Généralité, Carles Puigdemont, le 31 octobre 2017, relève de la posture et du défi porté au cœur du territoire européen resté sourd à ses appels et initiatives.

Les Etats ont opposé des fins de non-recevoir quasiment universelles à la DUI, Déclaration unilatérale d’indépendance catalane. Il conviendra d’en comprendre les raisons. Mais le relevé de ces prises de position convergentes est un préalable nécessaire à toute évaluation.

Le porte-parole de la chancelière allemande, a signalé que Berlin, « ne reconnaît pas une telle déclaration d’indépendance ». Le ministère argentin des affaires étrangères a « renouvelé sa confiance dans la capacité du gouvernement espagnol  (...) pour rétablir l’ordre constitutionnel, (...) l’unité et l’intégrité territoriale ». « Nous reconnaissons une Espagne unie, point final » a déclaré le porte-parole du ministère canadien des affaires étrangères. La Chine, a signalé le ministère des affaires étrangères, « appuie l’effort du gouvernement espagnol en vue de maintenir l’intégrité de l’Espagne ». Pour le Président colombien, « l’Espagne doit être unie ». Le  porte-parole du Département d’Etat des Etats-Unis, a déclaré que « la Catalogne faisait partie intégrante de l’Espagne (...) Les Etats-Unis soutiennent le gouvernement espagnol ».  Le président français a fait le commentaire suivant : « il y a un Etat de droit en Espagne avec des règles constitutionnelles. Il faut les faire respecter ». Le ministère italien des affaires étrangères a dans un communiqué indiqué « que l’Italie ne reconnaît pas et ne reconnaitra pas la déclaration unilatérale d’indépendance (...) du parlement catalan ». « Le Mexique ne reconnaitra pas la déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne »,  a indiqué le chef de l’Etat. Le Premier ministre portugais a exprimé « sa solidarité dans la défense du principe constitutionnel de l’unité espagnole ». Même son de cloche à Londres : « Le Royaume-Uni ne reconnaît et ne reconnaitra pas la déclaration unilatérale d’indépendance faite par le Parlement régional catalan ». Pour le Président du Conseil européen, « rien ne change pour l’Union européenne. L’Espagne est notre interlocuteur unique ».

Pour autant, on note aussi l’existence de manœuvres et instrumentalisations internationales, d’origines et intentionnalités diverses, accompagnant le contentieux catalan.

Le différend, opposant les autorités d’une « région », -la Catalogne-, à un pouvoir central, -l’Espagne-, a spontanément retenu l’attention d’entités territoriales périphériques qui pouvaient identifier leurs dynamiques politiques. Tout au long du conflit les contacts, les messages de solidarité adressés aux indépendantistes catalans venus de Corse, d’Ecosse, de la Flandre belge, du Québec, du Val d’Aoste ou du Tirol du sud/Haut Adige  ont été notables et inscrits dans la durée. Les derniers évènements ont été accompagnés  de prises de position de partis politiques, voire d’assemblées régionales. La formation souverainiste belge flamande, N-VA, (Niew-Vlaamse Alliantie), qui est partie prenante de la majorité gouvernementale, a elle aussi pris position dans les termes suivants : « Les droits fondamentaux des Catalans ont été bafoués (..) la situation ne pourra que s’aggraver si un dialogue politique n’est pas mené entre partenaires égaux (..) L’Espagne ne sortira pas grandie d’une baisse d’autonomie de la Catalogne »[1]. Au Canada, le chef du parti Québécois (PQ), Jean-François Lisée, a écrit sur son compte twitter, « le Parti québécois reconnaît et appuie l’indépendance de la Catalogne ». En France, le président de  l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, a salué « la naissance de la République de Catalogne[2] ». En Italie, l’Union valdôtaine « a exprimé à la Catalogne toute sa solidarité et souhaité que son Peuple puisse exprimer sa volonté par voie démocratique ». Plusieurs résolutions en ce sens ont été adoptées par le Conseil de la Vallée[3] d’Aoste. Dimitri Medoev, responsable des relations extérieures de la République d’Ossétie du sud, sécessionniste (de la Georgie) s’est rendu à Barcelone pour ouvrir une représentation. Au Royaume-Uni de façon plus mesurée Fiona Hyslop, ministre des affaires extérieures du gouvernement écossais, membre du Parti national (SNP), a exprimé sa compréhension et son respect « pour la position du gouvernement catalan », (..) « le peuple de Catalogne doit avoir le pouvoir de déterminer son propre avenir ».

Quelques gouvernements ont fait exception au quasi unanimisme manifesté par leurs homologues ayant condamné la DUI de la Catalogne par son parlement. Le premier ministre belge a fait un commentaire particulièrement prudent. Il a, en effet, « appelé à une solution pacifique dans le respect de l’ordre national et international ».  Il est vrai qu’un membre de son gouvernement, le secrétaire d’Etat Theo Francken, avait ouvert la possibilité d’offrir asile et protection en Belgique aux Catalans qui « se sentiraient politiquement menacés ». Cette position est cohérente avec celles de sa formation politique, un parti souverainiste flamand, la N-VA (voir supra). Pilier de la majorité gouvernementale la N-VA a été à l’origine du positionnement minimal d’un premier ministre soucieux de ne pas rouvrir la question du devenir institutionnel de la Belgique. Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a adressé au cours d’un entretien télévisé « Toute sa solidarité au peuple catalan. La Catalogne », a-t-il ajouté, « a droit à la démocratie (...) Résiste Catalogne », a-t-il conclu, « l’Amérique latine t’admire ». Admiration immédiatement couplée sur des considérations critiques à l’égard du premier ministre espagnol. Mariano Rajoy, est selon le chef d’Etat vénézuélien, mal placé pour donner des leçons de démocratie au Venezuela, lui qui se comporte en héritier du franquisme, « contre un peuple noble ». Russie et Serbie ont également apporté des commentaires dissonants. Bien que le gouvernement espagnol n’ait pas reconnu l’indépendance du Kossovo, Belgrade et Moscou ont saisi la DUI catalane pour envoyer quelques flèches critiques aux « Occidentaux ». Les deux capitales hostiles à l’indépendance du Kossovo auraient dû exprimer leur hostilité à celle de la Catalogne. Elles n’ont pourtant pas fait de déclaration condamnant la DUI. Elles ont insisté sur la dynamique en dominos déstabilisateurs mise en marche par les Occidentaux au Kossovo et dont Bruxelles et Washington reçoivent un effet boumerang aujourd’hui en Catalogne. Aleksandar Vucic, président de Serbie, a fait publiquement part de son indignation, sur « le double étalon de politique mondiale (..) reconnaissant la sécession au Kossovo et la niant à la Catalogne ». Vladimir Poutine a repris la même argumentation au cours d’une réunion débat à Sochi, du club international, « Valdai ». « Pour certains de nos collègues » a-t-il dit, » il y a de bons combattants des libertés et il y a des séparatistes qui n’ont pas droit à se défendre y compris par des voies démocratiques ». « Est-ce que » a-t-il poursuivi, « appuyer inconditionnellement la séparation du Kossovo n’a pas favorisé l’émergence de processus similaires ailleurs en Europe et dans le monde ?».

A chacun sa Catalogne ... Y compris pour ceux qui en Espagne et en Europe, -Flamands, Lombards, Vénitiens, Basques d’Espagne-, posent en termes différents la question de la souveraineté et celle de la mondialisation. Inigo Urkullu, président du gouvernement basque, de Bruxelles à Québec et à Madrid, s’est fait le porte-parole des nations sans Etat. L’heure n’est plus dit-il aux revendications surannées à la nation/Etat, à l’indépendance. Disciple d’Edgar Faure, sans peut-être le savoir, il plaide avec un succès évident en Euskadi pour l’indépendance, dans l’interdépendance.

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[1] « la violence d’Etat est néfaste », site de la N-VA (https://n-va.be/actualite)

[2]« Cumunicatu di stampa, Asamblea di Corsica-27d’ottobre di 2017.

[3] En particulier les 20 et 21 septembre 2017.Voir le communiqué n°504 du Conseil.
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