ANALYSES

L’inclusion sociale par le sport : le temps de l’action

Tribune
13 octobre 2017


Le vendredi 6 octobre 2017 s’est tenu à Nantes un colloque intitulé « Quelle contribution du sport à l’intégration des réfugiés et des migrants en Europe ? », organisé par Sport et Citoyenneté et Alliance Europa, au cours duquel ont été présentées des initiatives locales, nationales et européennes. L’IRIS était invité à présenter le projet « Les volants de l’Union », développé en 2017 aux côtés de France terre d’asile et de la Fédération française de badminton, et réalisé grâce à la participation de la Ligue Île-de-France de badminton, du Bureau des étudiants d’IRIS Sup’, de l’association Solibad et du ministère des Sports.

Fruit d’une idée d’acteurs issus d’horizons différents, ne travaillant pas jusqu’alors sur ce sujet de façon commune, ce projet, mené de mars à juin 2017 avait pour ambition de faciliter l’intégration des jeunes réfugiés par la pratique du badminton. Il s’adressait à des jeunes  qui, en vertu de l’application de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés, avaient fui leur pays à la suite de persécutions politiques, ethniques, religieuses ou sociales. Chaque jeune réfugié se voyait alors attribué un binôme étudiant. Leur avenir s’inscrivant de plein droit et dans la durée en France, l’intégration dans la société française apparaît en effet comme une étape incontournable. Or si la protection des populations dans leur pays d’origine relève principalement de la sphère politique, faciliter l’inclusion sociale de réfugiés dans leur pays d’accueil peut être une prérogative de la société civile, notamment à travers l’emploi, le sport, la culture, la pratique de la langue, etc. L’objectif consiste ainsi à faire évoluer les choses et, in fine, à donner à voir des pistes de réflexion pouvant être reprises à une plus grande échelle.

L’IRIS a souhaité s’engager sur ce projet, éloigné de prime abord de ses activités de centre de recherche, en proposant, d’un côté, une synergie en son sein (pôle « humanitaire », pôle « sport » et son école de relations internationales ont ainsi travaillé ensemble) et en pilotant, de l’autre, la réunion d’acteurs associatifs, étatiques et sportifs. L’objectif du projet serait ainsi de comprendre comment faire de cette opération une réussite.

Grâce à la pratique du badminton, sport aux règles simples, peu onéreux et mixte, chaque binôme avait la possibilité de se retrouver chaque semaine d’avril à juin pour échanger, dans des clubs solidaires d’Île-de-France. Au total, une trentaine de personnes ont pu bénéficier de ce dispositif. Grâce aux retours des clubs et de chacun des binômes, un bilan a pu être tiré de cette expérience, les erreurs identifiées, comprises et corrigées. Les échos globalement positifs laissent à penser que ce projet, parmi des milliers d’autres, va dans le bon sens et peut, à son échelle, parvenir à faire évoluer les choses. Loin de tomber dans l’angélisme et de céder aux sirènes incantatoires faisant du sport le remède de tous les maux de notre société, cette initiative, aussi modeste soit-elle, démontre que sa pratique  peut être une solution à envisager comme vecteur d’inclusion sociale de populations réfugiées.

Nombreux sont déjà les acteurs, nationaux comme internationaux, à mettre en avant l’importance sociétale du sport. Loin d’un inventaire à la Prévert, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne (UE), l’Organisation des Nations unies (ONU) ont tour à tour, insisté sur cette utilisation intégratrice du sport. À la seule échelle européenne, la prise en compte du sport dans les politiques mises en œuvre, bien que récente, n’en est pas moins désormais répétée et de plus en plus étoffée. Le traité d’Amsterdam du 2 octobre 1997 met ainsi pour la première fois en avant le sport comme vecteur social[1] et notamment son « rôle de ferment de l’identité et de trait d’union entre les hommes ». Dix ans plus tard, le livre blanc sur le sport[2], rédigé par la Commission européenne rappelle la prise en compte de la spécificité du rôle que le sport peut avoir, notamment dans « l’intégration sociale et la culture ». Les initiatives au niveau européen se multiplient avec des projets, des discussions, notamment grâce aux projets Erasmus +, riches en enseignements. À la suite de déplacements de populations importants, consécutivement aux processus révolutionnaires dans le monde arabe et à la déstabilisation de nombres de pays depuis le début du siècle, l’Union européenne, et à travers elle la Commission européenne, a souhaité relancer la réflexion sur l’inclusion sociale des populations migrantes, et plus particulièrement réfugiées dans les pays d’accueil.

Comme le rappelle Aurélie Cometti en conclusion du rapport « Le sport à l’épreuve de la diversité culturelle » du Conseil de l’Europe[3], il ne suffit pas de faire du sport pour intégrer la société : des conditions politiques doivent être réunies pour faire d’un projet un succès. Plus que jamais, et au regard de la situation actuelle, une réflexion académique, sportive et sociétale, en un mot collective, est donc plus que nécessaire.

 

[1] Déclaration 29 relative au sport
[2] Livre blanc sur le sport
[3] « Le sport à l’épreuve de la diversité culturelle », sous la direction de William Gasparini et Aurélie Cometti, Collection Politiques et pratiques sportives, Editions Conseil de l’Europe, Avril 2010
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